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Edward Addict
Special Version
Traduction Midnight Sun




Bienvenue à tous les mordus qui ne peuvent plus ce passer de la lecture de Midnight Sun
Ne culpabiliser pas,
si vous êtes ici present
c'est que vous etes
serieusement MORDU
&' que vous ne pouvez plus
vous en passer !


Je remet les chapitres à partir du Chapitre 4




Concernant la Web-Miss :
Je suis toujours la meme
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Je m'y ferais un plaisir d'y repondre !
Je ne me conecte pas souvent sur ce compte, que pour rajouter de nouveau Chapitre !


Bonne Lecture :D


# Posté le mardi 03 février 2009 17:01

Modifié le lundi 02 mars 2009 14:04

Chapitre 1

Chapitre 1


C'était le moment de la journée où je regrettais de ne pouvoir dormir. Le lycée.
Où était-ce purgatoire le bon mot? S'il y avait un quelconque moyen de racheter mes péchés, ceci devait être pris en compte, en quelques sortes. L'ennui n'était pas quelque chose à laquelle je m'habituais; chaque jour paraissait incroyablement plus monotone que le précédent.Je suppose que c'était ma forme de sommeil, si le sommeil était défini comme un état inerte entre deux périodes actives.Je fixai les fissures qui parcouraient le plâtre dans le coin éloigné de la cafétéria, imaginant des motifs qui n'existaient pas. C'était une manière de faire la sourde oreille aux voix qui formaient un brouhaha, comme le flot d'une rivière, dans ma tête. J'ignorai plusieurs centaines de ces voix par pur ennui.
En ce qui concernait l'esprit humain, j'avais déjà tout entendu. Aujourd'hui, toutes les pensées étaient en proie à l'insignifiant drame d'un nouvel ajout au petit corps étudiant d'ici. Ça prit si peu de temps de leur prendre des informations. J'avais vu le nouveau visage répété pensée après pensée dans tous les angles. Juste une humaine ordinaire. L'excitation sur son arrivée était péniblement prévisible, comme faire miroiter un objet brillant à un enfant. La moitié des mâles se comportant comme des moutons s'imaginaient déjà amoureux d'elle, simplement parce qu'elle était quelque chose de nouveau à regarder. J'essayai encore plus de faire la sourde oreille. Il y avait seulement quatre voix que je bloquais plus par courtoisie que par dégoût: ma famille, mes deux frères et mes deux s½urs, qui étaient tellement habitués au manque d'intimité en ma présence qu'ils y pensaient rarement. Je leur donnais l'intimité que je pouvais. J'essayais de ne pas écouter si je le pouvais.J'essayais comme je pouvais, toutefois... je savais.
Rosalie pensait, comme d'habitude, à elle-même. Elle regardait son reflet dans les lunettes de quelqu'un, et elle réfléchissait à sa propre perfection. L'esprit de Rosalie était un bassin peu profond avec quelques surprises.Emmett fulminait à propos d'un combat de catch qu'il avait perdu contre Jasper pendant la nuit. Cela prendrait toute sa patience limitée pour attendre la fin de la journée pour prendre une revanche. Je ne me suis jamais vraiment senti comme un intrus dans les pensées d'Emmett, parce qu'il ne pense jamais une chose qu'il ne dirait tout haut où qu'il ne ferait pas. Peut-être que je me sentais coupable de lire dans les esprits des autres parce que je savais qu'il y avait des choses qu'ils ne voulaient pas que je sache. Autant l'esprit de Rosalie était un bassin peu profond, celui d'Emmett était un lac sans ombre, l'eau claire comme du verre.Et Jasper...souffrait. Je réprimai un soupir.
Edward. Alice m'appella dans sa tête, et elle avait immédiatement mon attention. C'était exactement la même chose que d'entendre mon nom à voix haute. J'étais heureux que mon prénom ne fut plus à la mode, ça aurait été ennuyeux; à chaque fois que quelqu'un penserait à un Edward, ma tête tournerait automatiquement.Ma tête ne bougea pas. Alice et moi étions bons pour ces conversations privées. Il était rare que quelqu'un nous surprenne. Je gardai mon regard fixé sur les lignes du plâtre. Comment va-t-il? Me demanda-t-elle.
Je grimaçai, juste une petite altération au coin de ma bouche. Rien qui n'attirerait l'attention des autres. Je pourrais facilement grimacer d'ennui. Les sonorités de la voix mentale d'Alice étaient à présent inquiètes, et je vis dans son esprit qu'elle regardait Jasper de côté. Y'a-t-il un danger? Elle commença à chercher dans le futur immédiat, survolant des visions de monotonie pour la source qui se cachait derrière ma grimace.Je tournai lentement la tête vers la gauche, comme pour regarder les briques du mur, soupirai, puis vers la droite, revenant aux fissures du plafond. Seule Alice savait que je secouai la tête. Elle se détendit. Fais-le moi savoir s'il va trop mal.
Je bougeai simplement mes yeux, vers le plafond, puis les rebaissai. Merci de faire ça.J'étais heureux de ne pas pouvoir répondre. Qu'aurais-je dit? 'ça me fait plaisir'? Ce n'était pas vraiment le cas. Je n'appréciai pas d'entendre Jasper lutter. Etait-ce que vraiment nécessaire de faire une telle expérience? Le chemin le plus sûr ne serait pas de simplement admettre qu'il ne pourra peut-être jamais être capable de manipuler sa soif comme nous autres pouvons le faire, et ne pas pousser ses limites? Pourquoi flirter avec le désastre?Cela faisait deux semaines depuis notre dernier voyage de chasse. Ce n'était pas une période très difficile à passer pour le reste d'entre nous. Un peu incommode occasionnellement, si un humain marchait trop près, si le vent soufflait dans le mauvais sens. Mais les humains marchaient rarement trop près. Leur instinct leur disait ce que leurs esprits conscients ne comprendraient jamais: nous étions dangereux.Jasper était très dangereux en ce moment précis.
A cet instant, une fille de petite taille s'arrêta au bout de la table la plus proche de nous, parlant à une amie. Elle secoua ses cheveux courts, blonds, passant ses doigts dedans. Les ventilateurs envoyèrent son odeur dans notre direction. J'étais habitué à ce que me faisait ressentir cette odeur, ma gorge sèche, le creux languissant dans mon estomac, mes muscles se tendant automatiquement, le flot excessive de salive dans ma bouche...Tout ça était quasiment normal, habituellement facile à ignorer. C'était plus difficile juste en ce moment, les sentiments plus forts, doublés, alors que je suivais de près la réaction de Jasper. Deux soifs, à la place de la mienne seule.Jasper laissait son imagination l'emporter. Il s'imaginait se levant de son siège près d'Alice et allant se tenir derrière la fille. Il pensait à se pencher, comme s'il allait murmurer à son oreille, et laisser ses lèvres toucher l'arche de sa gorge. Il imaginait comment le flot chaud de son pouls sous la belle peau lui ferait comme sensation sous sa bouche...Je donnai un coup de pied dans sa chaise.
Il me regarda dans les yeux un instant, avant de baisser le regard. Je pouvais entendre la honte et la rébellion dans sa tête."Désolé" marmonna Jasper.
J'haussai les épaules."Tu n'allais rien faire," lui murmura Alice, apaisant son chagrin. "Je pouvais le voir."Je combattis une grimace qui aurait fichu en l'air son mensonge. On faisait la paire, Alice et moi. Ce n'était pas simple, entendre des voix ou voir des visions du futur. Deux monstres parmi ceux qui sont déjà des monstres. Nous protégions les secrets de l'autre."Ça aide un peu si tu penses à eux en tant que personne," suggéra Alice, sa voix haute et musicale trop rapide pour que des oreilles humaines ne comprennent, s'il y en avait eu d'assez proches pour écouter. "Son nom est Whitney. Elle a une petite s½ur, un bébé, qu'elle adore. Sa mère avait invité Esmée à cette garden party, tu te souviens?"
"Je sais qui elle est," dit sèchement Jasper. Il se détourna pour regarder par l'une des petites fenêtres qui étaient juste sous le rebord du toit tout le long de la pièce. Son ton mis fin à la conversation.Il allait devoir aller chasser ce soir. C'était ridicule de prendre des risques comme ça, essayant de tester sa force, de construire son endurance. Jasper devrait simplement accepter ses limites et faire avec. Ses anciennes habitudes n'étaient pas favorables à notre choix de mode de vie, il ne devrait pas s'engager dans ce chemin-là.Alice soupira silencieusement et se leva, prenant son plateau de nourriture, son accessoire, plus vraisemblablement, avec elle et le laissait seul. Elle savait quand il en avait assez de ses encouragements. Alors que Rosalie et Emmett étaient plus flagrants à propos de leur relation, c'étaient Alice et Jasper qui connaissaient l'humeur de l'autre autant que la leur. Comme s'ils pouvaient lire les pensées aussi –juste de l'un l'autre.
Edward Cullen.
Réflexe. Je me tournai à l'appel de mon nom, même s'il n'avait pas été dit, juste pensé.Mon regard croisa un quart de seconde une paire de larges yeux humains d'une couleur chocolat sur un visage pâle, en forme de c½ur. Je connaissais ce visage, bien que je ne l'avais pas vu moi-même jusque là. Il avait été le plus en vue dans tous les esprits humains aujourd'hui. La nouvelle élève, Isabella Swan. Fille du chef de police de la ville, amenée à vivre ici par une quelconque nouvelle situation de garde. Bella. Elle corrigeait tous ceux qui utilisaient son prénom en entier...Je détournai le regard, ennuyé. Cela me prit une seconde pour réaliser que ce n'était pas elle qui avait pensé mon nom.
Bien sûr qu'elle craque déjà sur les Cullen, entendis-je la première voix continuer. Maintenant je reconnaissais la 'voix'. Jessica Stanley, ça faisait un moment qu'elle ne m'avait pas ennuyé avec ses jacassements intérieurs. Quel soulagement ce fut quand elle dépassa son engouement mal placé. Il avait été pratiquement impossible d'échapper à ses constantes et ridicules rêveries. Je regrettai, dans ces moments-là, de ne pas pouvoir lui expliquer ce qui se passerait exactement si mes lèvres, et les dents qui se trouvaient derrière, s'étaient approchées d'elle. Ça aurait fait taire ces ennuyeux fantasmes. Imaginer sa réaction me fit presque sourire.
Ça lui fera une belle jambe, continua Jessica. Elle n'est même pas vraiment jolie. Je ne sais pas pourquoi Eric la regarde autant... ou Mike.Elle tressaillit mentalement en pensant le dernier nom. Son nouvel engouement, le génériquement populaire Mike Newton, ne lui accordait aucun regard. Apparemment, il prêtait toute son attention à la nouvelle fille, comme l'enfant avec l'objet brillant. Ceci envenima les pensées de Jessica, bien qu'elle était, en apparence, cordiale avec la nouvelle venue alors qu'elle lui expliquait les histoires communes sur ma famille. La nouvelle élève avait dû lui poser des questions sur nous.
Tout le monde me regarde aussi, aujourd'hui, pensa Jessica avec suffisance. Si ce n'est pas de la chance que Bella ait deux cours avec moi... Je parie que Mike voudra me demander si elle est-
J'essayai de bloquer l'inepte jacassement avant que les futilités ne me rendent fou.
-"Jessica Stanley est en train d'étendre le linge sale du clan Cullen à la nouvelle fille Swan." Murmurai-je à Emmett comme distraction.
Il eut un petit rire. J'espère qu'elle le fait bien, pensa-t-il.
-"Elle manque assez d'imagination, en fait. Juste le minimum de scandale. Pas une once d'horreur. Je suis un peu déçu."
Et la nouvelle? Elle est déçue par les rumeurs aussi?J'écoutai pour savoir ce que la nouvelle, Bella, pensait de l'histoire de Jessica.
Que voyait-elle quand elle regardait l'étrange famille à la peau pâle qui était universellement évitée?C'était en quelque sorte ma responsabilité de connaître sa réaction. J'agissais en guetteur, à défaut de meilleur mot, pour ma famille. Pour les protéger. Si jamais quelqu'un devenait suspicieux, je pouvais leur donner une alerte précoce et un repli facile. Ça arrivait occasionnellement, un quelconque humain avec une imagination active nous verrait comme des personnages d'un livre ou d'un film. Habituellement ils ont faux, mais c'était mieux de déménager dans un nouvel endroit que de risquer un examen minutieux. Très, très rarement, quelqu'un le devinait. Nous ne leur donnions pas la chance de vérifier leur hypothèse. Nous disparaissions simplement, pour ne devenir qu'un effrayant souvenir...
Je n'entendais rien, bien que j'écoutais juste à côté le monologue frivole interne de Jessica continuer de s'écouler. C'était comme si personne n'était assis à côté d'elle. Comme c'est étrange, la fille aurait-elle bougé? Ça ne semblait pas probable, étant donné que Jessica continuait de jacasser. Je levai les yeux pour vérifier, me sentant désorienté. Vérifier ce que mon 'écoute supplémentaire' pouvait me dire, c'était quelque chose que je n'avais jamais eu à faire.Encore une fois, mon regard se fixa sur les mêmes grands yeux marrons. Elle était assise exactement au même endroit qu'avant, et nous regardant, chose naturelle à faire, supposai-je, puisque Jessica la régalait des rumeurs locales sur les Cullen.
Penser à nous, aussi, serait naturel.Mais je ne pouvais entendre un murmure.Ses joues se teintèrent d'un rouge invitant, chaud, alors qu'elle baissait les yeux, loin de l'embarrassante gaffe de s'être fait prendre à fixer un inconnu. C'était une bonne chose que Jasper continuait de fixer la fenêtre. Je n'aimais pas imaginer ce que ferait cette concentration de sang sur son contrôle.
Les émotions sur son visage avaient été claires comme si elles avaient été écrites sur son front: la surprise, alors qu'elle absorbait inconsciemment les signes des subtiles différences entre son genre et le mien, la curiosité, alors qu'elle écoutait l'histoire de Jessica, et quelque chose de plus... fascination? Ce ne serait pas la première fois. Nous étions beaux à leurs yeux, nos proies intentionnelles. Puis, finalement, l'embarras quand je la surpris à me fixer.
Et pourtant, bien que ses pensées avaient été claires dans ses étranges yeux –étranges à cause de leur intensité; les yeux marrons paraissaient souvent fades dans l'obscurité- je ne pouvais entendre que le silence, là où elle était assise. Rien du tout.
Je sentis un moment de malaise.Je n'avais jamais rencontré de pareil cas auparavant. Y avait-il quelque chose qui n'allait pas chez moi? Je me sentais exactement pareil que d'habitude. Inquiet, j'écoutais avec plus de force.
Toutes les voix que j'avais bloqué se mirent soudainement à hurler dans ma tête.
...me demande quelle musique elle aime...peut-être que je pourrais mentionner ce nouveau CD... pensait Mike Newton, deux tables plus loin, fixant Bella Swan.
Regardez-le la fixer. Ce n'est pas assez qu'il ait la moitié des filles de l'école l'attendant pour... Les pensées d'Eric Yorkie étaient sulfureuses, et tournaient aussi autour de la fille.
...tellement dégoûtant... On penserait qu'elle est célèbre...Même Edward Cullen la regarde... Lauren Mallory était si jalouse que son visage devrait être d'un rouge foncé. Et Jessica, affichant sa nouvelle meilleure amie. Quelle blague... Du vitriol continuait de couler des pensées de la fille.
...je parie que tout le monde lui a demandé ça. Mais j'aimerais lui parler. Je vais penser à une question plus originale... songea Ashley Dowling.
...peut-être qu'elle sera dans mon cours d'espagnol... espéra June Richardson.
...des tonnes à faire ce soir! Trigonométrie, et le devoir d'anglais. J'espère que ma mère... Angela Weber, une fille discrète, dont les pensées étaient exceptionnellement gentilles, était la seule à la table qui n'était pas obsédée par Bella.
Je pouvais les entendre tous, entre chaque chose insignifiante qu'ils pensaient. Mais rien du tout de la part de la nouvelle élève avec les yeux trompeusement communicatifs.
Et, bien sûr, je pouvais entendre ce que la fille disait quand elle parlait à Jessica. Je n'avais pas besoin de lire les pensées pour pouvoir entendre sa voix basse et claire à l'autre bout de la grande pièce.
-"Qui c'est, ce garçon aux cheveux blond roux?" l'entendis-je demander, me regardant du coin de l'½il, seulement pour détourner rapidement le regard quand elle vit que je la regardais toujours. Si j'avais eu le temps d'espérer que le son de sa voix m'aiderait à mettre le doigt sur la sonorité de ses pensées, perdues quelque part où je ne pouvais y accéder, j'étais immédiatement déçu. Habituellement, les pensées des gens leur venaient dans un ton semblable à leur voix physiques. Mais cette voix calme, timide, était inconnue, pas une des centaines de pensées parcourant la pièce, j'étais sûr de ça. Complètement nouvelle.
Oh, bonne chance, idiote! Pensa Jessica avant de répondre à la question de la fille. "Edward. Il est superbe, mais inutile de perdre ton temps. Apparemment, aucune des filles d'ici n'est assez bien pour lui." Dit-elle.
Je tournai la tête pour cacher mon sourire. Jessica et ses camarades de classe n'avaient pas idée à quel point elles étaient chanceuses qu'aucune d'elles ne m'attirent particulièrement.
Sous la touche éphémère d'humour, je ressentis une étrange impulsion, que je ne compris pas clairement. Cela avait quelque chose à voir avec le côté vicieux des pensées de Jessica, dont la nouvelle était inconsciente... je ressentis le besoin urgent de me mettre entre elles, de protéger cette Bella Swan des sombres rouages de l'esprit de Jessica. Quelle étrange chose à ressentir. Essayant de dénicher les motivations derrière l'impulsion, j'examinai la nouvelle encore une fois. Peut-être était-ce simplement un vieil instinct protecteur enfoui – le fort pour le faible. Cette fille avait l'air plus fragile que ses nouveaux camarades de classe. Sa peau était si translucide qu'il était difficile de croire que ça lui offrait une quelconque défense contre le monde extérieur. Je pouvais voir le pouls cadencé de son sang à travers ses veines sous la pâle et claire membrane... Mais je ne devrais pas me concentrer là-dessus. J'étais bon à cette vie que j'avais choisi, mais j'avais autant soif que Jasper et il n'y avait aucun intérêt à inviter la tentation.
Il y avait un faible pli entre ses sourcils dont elle semblait inconsciente. C'était incroyablement frustrant! Je pouvais clairement voir que c'était un effort pour elle d'être assise là, à faire la conversation avec des étrangers, d'être le centre de l'attention. Je pouvais sentir sa timidité à la manière dont elle tenait ses épaules à l'air frêle, légèrement courbées, comme si elle s'attendait à une rebuffade à chaque instant. Et pourtant je ne pouvais que sentir, ne pouvais que voir, ne pouvais qu'imaginer. Il n'y avait rien de plus que du silence provenant de cette banale jeune fille. Je ne pouvais rien entendre. Pourquoi?
"Pouvons-nous?" murmura Rosalie, interrompant ma réflexion.
Je détournai les yeux de la fille avec un sentiment de soulagement. Je ne pouvais pas continuer à échouer et cela m'irritait. Et je ne voulais pas développer d'intérêt pour ses pensées cachées simplement parce qu'elles m'étaient cachées. Sans aucun doute, quand je déchiffrerai ses pensées – et je trouverai un moyen de le faire- elles seront aussi insignifiantes et triviales que les pensées d'un humain quelconque. Ça ne valait pas la peine de déployer des efforts pour les atteindre.
-"Alors, est-ce que la nouvelle a peur de nous?" demanda Emmett, attendant toujours ma réponse à sa question précédente.
J'haussai les épaules. Ce n'était pas assez intéressant de poursuivre pour plus d'informations. Je ne devrais d'ailleurs pas être intéressé.
Nous nous levâmes de table et marchâmes hors de la cafétéria. Emmett, Rosalie et Jasper prétendaient être de dernière année; ils allèrent vers leurs cours. Je jouais un rôle plus jeune qu'eux. Je me dirigeai vers mon cours de première de biologie, préparant mon esprit à cet ennui. Il était certain que Mr Banner, un homme d'un intellect moyen, ne parviendrait à faire ressortir de son cours quoi que ce soit qui pourrait surprendre quelqu'un détenant deux diplômes de médecine.Dans la salle de classe, je m'installai à ma place et laissai mes livres - des accessoires, encore une fois; ils ne contenaient rien que je ne sache déjà – sur la table. J'étais le seul élève à avoir une table pour lui seul. Les humains n'étaient pas assez intelligents pour savoir qu'ils avaient peur de moi, mais leur instinct de survie était suffisant pour les tenir éloignés.La classe se remplissait lentement alors qu'ils revenaient de déjeuner. Je m'appuyai sur ma chaise et attendis que le temps passe. Encore une fois, je regrettais de ne pas pouvoir dormir.Parce que j'avais pensé à elle, quand Angela Weber escorta la nouvelle à la porte, son nom attira mon attention.
Bella a l'air aussi timide que moi. Je parie que c'est très dur pour elle, aujourd'hui. J'aimerais pouvoir dire quelque chose... mais ça serait probablement stupide...
Oui ! Pensa Mike Newton, se tournant sur son siège pour regarder les filles entrer.
Encore, de l'endroit où Bella Swan était, rien. L'espace vide où devraient être ses pensées m'irritait et me déconcertait.
Elle se rapprocha, passant par l'allée à côté de moi pour aller au bureau du professeur. Pauvre fille; le siège à mes côtés était le seul disponible. Automatiquement, je dégageai ce qui allait être son bureau, rassemblant mes livres en une pile. Je doutais qu'elle se sente à l'aise, ici. Elle allait être dans cette classe pour un long semestre, au moins. Peut-être, cependant, en étant assis à côté d'elle, je serais capable de soutirer ses secrets... non pas que je n'ai jamais eu besoin d'une forte proximité avant... non pas que je trouverais quelque chose qui vaille le coup d'écouter... Bella Swan entra dans le courant d'air chaud qui soufflait vers moi. Son odeur me frappa comme un bélier. Il n'y avait pas d'image assez violente pour décrire la force de ce qu'il m'était arrivé à ce moment là. A cet instant, j'étais loin de l'humain que j'avais été; aucune trace des lambeaux d'humanité dont j'étais parvenu à m'envelopper. J'étais un prédateur. Elle était ma proie. Il n'y avait rien d'autre dans le monde que cette vérité.
Il n'y avait aucune salle pleine de témoins – ils étaient déjà des dommages collatéraux dans ma tête. Le mystère de ses pensées était oublié. Ses pensées ne signifiaient rien, puisqu'elle n'allait plus penser bien longtemps. J'étais un vampire, et elle avait le sang le plus alléchant que je n'avais jamais senti en quatre-vingts ans.Je n'avais pas imaginé qu'une telle odeur puisse exister. Si je l'avais su, je serais parti la chercher il y a longtemps. J'aurais ratissé la planète pour elle. Je pouvais imaginer le goût...
La soif brûlait ma gorge comme un feu. Ma bouche était désséchée et déshydratée. Le flot frais de venin ne faisait rien pour apaiser cette sensation. Mon estomac de la faim qui faisait écho à la soif. Mes muscles se tendaient.Pas une seconde n'était passée. Elle prenait toujours le même pas qui l'avait amenée vers moi.Alors que son pied touchait le sol, son regard glissa vers moi, un mouvement qu'elle voulait clairement furtif. Ses yeux rencontrèrent les miens, et je vis mon reflet dans le large miroir de son regard.
Le choc sur le visage que je vis là lui sauva la vie pendant un embarrassant moment. Elle ne rendit pas la tâche plus facile. Quand elle vit l'expression de mon visage, le sang monta de nouveau à ses joues, donnant à sa peau la couleur la plus délicieuse que je n'avais jamais vu. L'odeur était un épais brouillard dans ma tête. Je pouvais à peine penser. Mes pensées se déchaînaient, résistant à tout contrôle, incohérentes.
Elle marchait plus vite à présent, comme si elle avait compris le besoin de s'échapper. Sa hâte la rendit maladroite, elle trébucha, tombant presque sur la fille assise en face de moi. Vulnérable, faible. Même encore plus que d'habitude chez un humain. J'essayais de me concentrer sur le visage que j'avais vu dans ses yeux, un visage que je reconnus avec révulsion. Le visage du monstre en moi, le visage que j'avais repoussé avec des décennies d'effort et une intransigeante discipline. Comme elle revenait si facilement à la surface maintenant ! L'odeur tourbillonait encore autour de moi, dispersant mes pensées et me propulsant presque de mon siège.
Non.
Ma main agrippa le bord de la table alors que j'essayais de rester sur ma chaise. Le bois n'était pas fait pour cette tâche. Ma main s'écrasa sur le dessous de la table et revint avec la paume remplie d'échardes, laissant la forme de mes doigts dans le bois restant.Détruire les preuves. C'était une règle fondamentale. Je pulvérisais rapidement les bords des traces avec le bout de mes doigts, ne laissant rien d'autre qu'un trou déchiqueté et une pile de frisons sur le sol, que je dispersais avec mon pied.Détruire les preuves. Dommage collatéral...Je savais ce qu'il devait se passer maintenant. La fille viendrait s'assoir à côté de moi, et je la tuerais.Les innocents badauds de cette classe, dix-huit autres enfants et un homme, ne pourraient sortir de cette pièce, ayant vu ce qu'ils vont bientôt voir.Je tressailli à la pensée de ce que je devais faire. Même dans mes pires moments, je n'avais jamais commis ce genre d'atrocités. Je n'avais jamais tué d'innocents, pas un en plus de huit décennies. Et à présent je planifiais d'en exécuter vingt d'un coup.
Le visage du monstre dans le miroir se moqua de moi. Même si une part de moi s'éloignait du monstre, une autre plannifiait tout.Si je tuais la fille d'abord, j'avais seulement quinze ou vingt secondes avec elle avant que les humains dans la salle ne réagissent. Peut-être un peu plus longtemps, s'ils ne réalisaient pas tout de suite ce que je faisais. Elle n'aurait pas le temps de crier ou de ressentir la douleur; je ne la tuerais pas cruellement. C'était le mieux que je pouvais offrir à cette étrangère au sang horriblement désirable.
Mais après je devrais les empêcher de s'enfuir. Je n'aurais pas à m'inquiéter des fenêtres, trop hautes et trop petites pour permettre une échappée de qui que ce soit. Simplement la porte – je n'aurais qu'à la bloquer et ils seraient piégés.
Ce serait plus lent et plus difficile, d'essayer de tous les avoir alors qu'ils paniqueraient et se bousculeraient, dans le chaos complet. Pas impossible, mais il y aurait beaucoup plus de bruit. Du temps pour beaucoup de cris. Quelqu'un entendrait... et je serais forcé de tuer encore plus d'innocents en cette heure noire.
Et son sang s'écoulerait, pendant que je tuerais les autres. L'odeur me punissait, ma gorge s'asséchant douloureusement... Les témoins d'abord, donc.
Je dressais le schéma dans ma tête. J'étais au milieu de la pièce, au dernier rang. Je m'occuperais de ma droite d'abord. Je pouvais briser quatre ou cinq de leurs cous par seconde, estimais-je. Ce ne serait pas bruyant. La droite serait le côté chanceux, ils ne me verraient pas venir. Allant vers le devant puis remontant sur la gauche, ça me prendrait, au plus, cinq secondes pour en finir avec chaque vie dans cette classe. Assez long pour que Bella Swan voit, brièvement, ce qui allait lui arriver. Assez long pour qu'elle ressente de la peur. Assez long, peut-être, si le choc ne la figeait pas sur place, pour qu'elle en arrive à crier. Un simple cri doux qui n'attirerait personne.
Je pris une grande inspiration, et l'odeur était un feu qui se propulsait dans mes veines sèches, brûlant ma poitrine pour consumer chaque meilleure pulsion dont j'étais capable. Elle tournait juste à présent. Dans quelques secondes, elle s'assoirait à quelques centimètres de moi.Le monstre dans ma tête sourit d'anticipation.
Quelqu'un claqua un dossier à ma droite. Je ne levai pas les yeux pour voir lequel des humains condamnés il s'agissait. Mais le mouvement m'envoya une vague d'air ordinaire, sans odeur, soufflant sur mon visage. Pendant une courte seconde, je fus capable de penser clairement. En cette précieuse seconde, je vis deux visages dans ma tête, côte à côte.
L'un était le mien, ou plutôt ce qu'il avait été: le monstre aux yeux rouges qui avait tué tant de gens que j'avais arrêté de compter. Des meurtres justifiés, rationalisés. Un tueur de tueurs, un tueur d'autres monstres, moins puissants. C'était un complexe de dieu, je me rendais compte de ça – décider qui méritait la peine de mort. C'était un compromis avec moi-même. Je m'étais nourri de sang humain, mais seulement par la plus figurée des définitions. Mes victimes étaient, dans leurs sombres passés variés, à peine plus humain que je ne l'étais.L'autre visage était celui de Carlisle.
Il n'y avait aucune ressemblance entre les deux visages. C'était le jour et la nuit.
Il n'y avait aucune raison qu'il y ai une ressemblance. Carlisle n'était pas mon père dans le sens biologique du terme. Nous ne partagions aucun trait commun. La similarité de notre teint était un produit de ce que nous étions; tous les vampires avaient la même peau pâle. La ressemblance de la couleur de nos yeux était autre chose – la réfléxion d'un choix mutuel. Et, alors qu'il n'y avait aucune base pour une ressemblance, j'imaginais que mon visage avait commencé à refléter le sien, à un certain point, dans les soixante-dix dernières années où j'avais adopté son choix et suivit ses pas. Mes traits n'avaient pas changé, mais il me semblait qu'une sorte de sagesse avait marqué mon expression, qu'un peu de sa compassion pouvait être calquée dans la forme de ma bouche, et des soupçons de sa patience étaient évidents sur mon front.
Toutes ces minuscules améliorations furent perdues sur le visage du monstre. Dans un court moment, il ne resterait plus rien en moi qui refléterait les années que j'avais passées avec mon créateur, mon mentor, mon père dans tous les sens qui comptaient. Mes yeux brilleraient de rouge comme ceux du diable, toute similitude serait perdue pour toujours.
Dans ma tête, les yeux doux de Carlisle ne me jugeaient pas. Je savais qu'il me pardonnerait pour cet acte horrible que j'aurais fait. Parce qu'il m'aimait. Parce qu'il pensait que j'étais meilleur que ça. Et il continuerait de m'aimer, même si je lui prouvais à présent qu'il avait tort.
Bella Swan s'assit sur la chaise à côté de moi, ses mouvements raides et maladroits – la peur ? - et l'odeur de son sang s'épanouissant comme un nuage inéxorable autour de moi.
J'allais prouver à mon père qu'il avait tort à propos de moi. Le malheur de ce fait faisait presque aussi mal que le feu dans ma gorge.
Je m'éloignai d'elle par révulsion – révulsé par le montre désireux de l'avoir.
Pourquoi avait-elle dû venir ici ? Pourquoi devait-elle exister ? Pourquoi devait-elle ruiner la paix que j'avais dans ma vie non-humaine ? Pourquoi cette aggravante humaine était-elle même née ? Elle allait me détruire.
Je tournai mon visage loin d'elle, alors qu'une haine violente, irraisonnable m'envahit soudainement.
Qui était cette créature ? Pourquoi moi, pourquoi maintenant ? Pourquoi devrais-je tout perdre juste parce qu'il s'avérait qu'elle avait choisi cette improbable ville pour apparaître ?
Pourquoi était-elle venue ici !
Je ne voulais pas être le monstre ! Je ne voulais pas tuer cette classe remplie d'innocents enfants ! Je ne voulais pas perdre tout ce que j'avais acquis en une vie de sacrifice et de déni !
Je ne le ferai pas. Elle ne me le fera pas faire.
C'était l'odeur le problème, l'abominable, l'attirante odeur de son sang. S'il y avait un autre moyen de résister... si seulement un autre courant d'air frais pouvait aérer mon esprit.
Bella secoua ses longs cheveux, épais, couleur acajou, dans ma direction.
Etait-elle folle ? C'était comme si elle encourageait le monstre ! Le taquinant.
Il n'y avait aucune brise amicale pour éloigner de moi cette odeur à présent. Tout serait bientôt perdu.
Non, il n'y avait aucune brise secourable. Mais je n'étais pas obligé de respirer.
Je stoppai le flot d'air arrivant dans mes poumons; le soulagement était instantané, mais incomplet. J'avais toujours le souvenir de l'odeur dans ma tête, son goût sur ma langue. Je ne serai pas capable de résister même comme ça pendant longtemps. Mais peut-être pourrais-je résister pendant une heure. Une heure. Juste assez pour sortir de cette salle pleine de victimes, victimes qui n'avaient peut-être pas besoin d'être victimes. Si je pouvais résister pendant une petite heure.
C'était une sensation inconfortable, ne pas respirer. Mon corps n'avait pas besoin d'oxygène, mais ça allait contre mes instincts. Je me reposai sur l'odorat plus que sur mes autres sens en temps de stress. Ça menait le chemin pendant la chasse, c'était le premier avertissement en cas de danger. Je ne rencontrais pas souvent quelque chose de plus dangereux que je ne l'étais, mais l'instinct de survie était juste aussi fort chez les miens que ça l'était chez l'humain moyen.
Inconfortable, mais faisable. Plus supportable que de respirer son odeur et ne pas planter mes dents dans cette peau, fine, biafane, vers le sang chaud, battant-
Une heure ! Juste une heure. Je ne devais pas penser à l'odeur, au goût.
La fille silencieuse gardait ses cheveux entre nous, se penchant tant qu'ils s'éparpillaient sur son cahier. Je ne pouvais pas voir son visage, pour essayer de lire les émotions dans ses yeux clairs et profonds. Etait-ce pour cela qu'elle gardait ses cheveux entre nous ? Pour me cacher ses yeux ? Par peur ? Timidité ? Pour garder ses secrets loin de moi ?
Mon ancienne irritation à être contrecarré par ses pensées muettes était faible et pâle en comparaison du besoin – et de la haine – qui me possédait à présent. Je haïssais cette frêle femme-enfant à côté de moi, la haïssais avec toute la ferveur avec laquelle je me raccrochais à mon ancien moi, mon amour pour ma famille, mes rêves d'être meilleur que je ne l'étais... Je la haïssais, haïssais comment elle me faisait sentir – ça aidait un peu. Oui, l'irritation que j'avais ressenti avant était faible, mais ça aidait aussi un peu. Je m'accrochais à n'importe quelle émotion qui me distrayait et m'empêchait d'imaginer quel goût elle aurait...
Haine et irritation. Impatience. L'heure ne passerait-elle jamais ?
Et quand l'heure se terminerait... Alors elle sortirait de cette pièce. Et que ferai-je ?
Je pourrais me présenter. Bonjour, mon nom est Edward Cullen. Puis-je te conduire à ton prochain cours ?
Elle dirait oui. Ce serait la seule chose polie à faire. Même en me craignant déjà, comme je le suspectais, elle suivrait les conventions et marcherait à côté de moi. Il serait facile de la conduire dans la mauvaise direction. Un bout de la forêt s'étendait comme un doigt pour toucher le fond du parking. Je pourrais lui dire que j'avais oublié un livre dans ma voiture...
Quelqu'un remarquerait-il que je fus la dernière personne avec qui elle avait été vue ? Il pleuvait, comme d'habitude; deux imperméables sombres allant dans la mauvaise direction ne susciteraient pas beaucoup d'intérêt.
Sauf que je n'étais pas le seul étudiant qui s'intéressait à elle aujourd'hui – même si personne n'était si férocement intéressé que je ne l'étais. Mike Newton, en particulier, était conscient de chaque mouvement qu'elle faisait alors qu'elle remuait sur sa chaise– elle était mal à l'aise d'être si proche de moi, comme tout le monde l'était, comme je m'y attendais avant que son odeur n'ai détruit toute inquiétude charitable. Mike Newton le remarquerait si elle quittait la salle avec moi.
Si je pouvais tenir une heure, pouvais-je tenir deux ?
Je tressaillis à la douleur de la brûlure.
Elle rentrerait chez elle, dans une maison vide. Le Chef Swan travaillait la journée entière. Je connaissais sa maison, comme je connaissais chaque maison de cette minuscule ville. Sa maison était nichée contre des bois épais, sans voisinage proche. Même si elle avait le temps de crier, ce qu'elle n'aura pas, il n'y aurait personne pour entendre.
Ce serait la manière responsable de s'occuper de ça. J'avais parcouru sept décennies sans sang humain. Si je retenais mon souffle, je pouvais tenir deux heures. Et quand je l'aurais seule, il n'y aurait aucune chance que quelqu'un d'autre soit blessé. Et aucune raison de précipiter l'expérience, acquiesça le monstre dans ma tête.
Il était sophistique de penser qu'en sauvant les dix-neuf humains de cette pièce avec effort et patience, je serais moins un monstre quand je tuerai cette jeune fille innocente.
Bien que je le haïssais, je savais que ma haine était injuste. Je savais que ce que haïssais vraiment était moi-même. Et je nous haïrai tellement plus tous les deux quand elle sera morte.
Je passai l'heure ainsi – imaginant les meilleurs moyens de la tuer. J'essayais d'éviter d'imaginer l'acte en lui-même. Ça pourrait être trop pour moi; je pourrais perdre cette bataille et finir par tuer tous ceux qui étaient en vue. Alors je planifiais la stratégie, rien de plus. Cela me fit passer l'heure.
Une fois, vers la toute fin, elle me jeta un coup d'oeil à travers le mur fluide de ses cheveux. Je pouvais sentir cette haine injustifiée brûlant en moi alors que je croisais son regard – j'en vis le reflet dans ses yeux effrayés. Du sang teinta ses joues avant qu'elle ne puisse à nouveau se cacher derrière ses cheveux, et j'étais presque à bout.
Mais la sonnerie retentit. Sauvé par le gong – quel cliché. Nous étions tous les deux sauvés. Elle, sauvée de la mort. Moi, sauvé juste pour un court moment d'être la créature cauchemardesque que je craignais et exécrais.
Je ne pouvais pas marcher aussi lentement que je le devrais en sortant de la salle. Si quelqu'un m'avait regardé, il aurait pu suspecté qu'il y avait quelque chose d'anormal dans ma façon de bouger. Personne ne me prêtait attention. Toutes les pensées humaines tournaient autour de la fille qui était condamnée à mourir dans un peu plus d'une heure.
Je me cachai dans ma voiture.
Je n'aimais pas l'idée de me cacher. Ça semblait si lâche. Mais c'était incontestablement le cas en ce moment.
Il ne me restait pas assez de discipline pour rester près d'humains. Concentrer tous mes efforts sur le fait de ne tuer l'un d'entre eux ne me laissait aucune ressource pour résister aux autres. Quel gâchis ce serait. Si je devais m'abandonner au monstre, je devrais aussi bien faire valoir la défaite.
Je mis un CD de musique qui me calmait, mais ça ne m'aidait pas vraiment maintenant. Non, ce qui aidait le plus était l'air frais, humide qui entrait avec la pluie fine à travers mes fenêtres ouvertes. Bien que je puisse me rappeler de l'odeur du sang de Bella Swan avec une clarté parfaite, inhaler l'air pur était comme laver l'intérieur de mon corps de cette infection.
J'étais raisonnable à nouveau. Je pouvais penser. Et je pouvais me battre à nouveau. Je pouvais me battre contre ce que je ne voulais pas être.
Je n'avais pas à aller chez elle. Je n'avais pas à la tuer. De toute évidence, j'étais une créature pensante, rationelle, et j'avais un choix. Il y avait toujours un choix.
Je n'avais pas ressenti ça dans cette classe... mais j'étais loin d'elle à présent. Peut-être que si je l'évitais très, très précautionneusement, ma vie n'avait pas besoin de changer. Les choses étaient ordonnées d'une manière que j'aimais. Pourquoi devrais-je laisser un délicieux individu ruiner cela ?
Je n'avais pas à décevoir mon père. Je n'avais pas à causer à ma mère du stress, de l'inquiétude... de la douleur. Oui, ça blesserait ma mère adoptive aussi. Et Esmée était si gentille, si tendre et si douce. Causer de la douleur à quelqu'un comme Esmée était inexcusable.
Comme c'était ironique que je veuille protéger cette humaine de la menace dérisoire, sans dents, des pensées méprisantes de Jessica Stanley. J'étais la dernière personne qui se tiendrait jamais comme un protecteur de Bella Swan. Elle n'aurait jamais besoin de plus de protection qu'elle n'en avait besoin de ma part.
Où était Alice ? Me demandai-je soudain. Ne m'avait-elle pas vu tuer la fille Swan d'une multitude de façons ? Pouquoi n'était-elle pas venue aider – pour m'arrêter ou m'aider à effacer les preuves, peu importe ? Etait-elle si absorbée par le fait de guetter des problèmes avec Jasper qu'elle aurait manqué cette possibilité plus horrible ? Etais-je plus fort que je ne le pensais ? N'aurais-je réellement rien fait à la fille ?
Non. Je savais que c'était faux. Alice devait être très concentrée sur Jasper.
Je cherchais dans la direction où je savais qu'elle se trouvait, dans le petit bâtiment utilisé pour les cours d'anglais. Ça ne me prit pas longtemps pour localiser sa 'voix' familière. Et j'avais raison. La moindre de ses pensées était tournée vers Jasper, scrutant ses choix à chaque minute.
J'aurais voulu lui demander conseil, mais en même temps, j'étais heureux qu'elle ne sache pas ce dont j'étais capable. Qu'elle soit inconsciente du massacre que j'avais envisagé l'heure passée.
Je ressentis une nouvelle brûlure au travers de mon corps – la brûlure de la honte. Je ne voulais qu'aucun d'eux ne le sache.
Si je pouvais éviter Bella Swan, si j'avais réussi à ne pas la tuer – alors même que je pensais ça, le monstre grinça des dents de frustration – alors personne n'avait à le savoir. Si je pouvais me tenir éloigné de son odeur...
Il n'y avait pas de raison que je n'essaye pas, au moins. Faire le bon choix. Essayer d'être ce que Carlisle pensait que j'étais.
La dernière heure de cours était presque terminée. Je décidai de mettre mon nouveau plan à exécution aussitôt. Il valait mieux ça que de rester assis ici sur le parking, où elle pourrait passer devant moi et détruire ma tentative. A nouveau, je ressentais l'injuste haine pour la fille. Je détestais qu'elle ait cet inconscient pouvoir sur moi. Qu'elle pouvait me faire être quelque chose que je haïssais.
Je traversais rapidement – un peu trop rapidement, mais il n'y avait aucun témoin – le minuscule campus jusqu'aux bureaux. Il n'y avait aucune raison que Bella Swan croise mon chemin. Je l'éviterai comme le fléau qu'elle était.
Le bureau était vide excepté la secrétaire, celle que je voulais voir.
Elle ne remarqua pas mon entrée silencieuse.
« Mrs. Cope ? »
La femme aux cheveux artificiellement rouges leva le regard, et ses yeux s'écarquillèrent. Ça les prenait toujours par surprise, ces petites marques qu'ils ne comprenaient pas, peu importe combien de fois ils avaient vu l'un d'entre nous avant.
« Oh ! » laissa-t-elle échapper, un peu nerveuse. Elle lissa son chemisier. Idiote, pensa-t-elle pour elle-même. Il est presque assez jeune pour être mon fils. Trop jeune pour penser à lui comme ça... « Bonjour, Edward. Que puis-je faire pour toi ? » Ses cils battaient derrière ses épaisses lunettes.
Embarassant. Mais je savais comment être charmant si je voulais l'être. C'était facile, puisque je pouvais savoir instantanément comment un ton ou un geste était pris.
Je me penchais en avant, rencontrant son regard comme si je plongeais profondément dans ses petits yeux marrons, sans profondeur. Ses pensées étaient déjà agitées. Ça devrait être simple.
« Je me demandais si vous pouviez m'aider avec mon emploi du temps. » dis-je avec la voix douce que j'utilisais pour ne pas effrayer les humains.
J'entendis le tempo de son coeur s'accélérer.
« Bien sûr Edward. Comment puis-je t'aider ? » Trop jeune, trop jeune, psalmodiait-elle intérieurement. C'était faux, bien sûr. J'étais plus vieux que son grand-père. Mais d'après mon permis de conduire, elle avait raison.
« Je me demandais si je pouvais échanger mon cours de biologie contre un cours de sciences de terminale ? La physique, peut-être ? »
« Il y a un problème avec Mr. Banner, Edward ? »
« Pas du tout, c'est simplement que j'ai déjà étudié cette matière... »
« Dans cette école avancée où vous étiez tous en Alaska, bien. » Ses lèvres fines se plissèrent alors qu'elle prenait ceci en considération. Ils devraient tous être à l'université. J'ai entendu les professeurs se plaindre. Des notes parfaites, jamais une hésitation pour une réponse, jamais une mauvais réponse à un contrôle – comme s'ils avaient trouvé un moyen de tricher dans toutes les matières. Mr. Varner préfère croire que quelqu'un triche plutôt que de penser qu'un étudiant est plus intelligent que lui... Je parie que leur mère leur donne des cours... « En fait, Edward, le cours de physique est plutôt rempli, en ce moment. Mr. Banner déteste avoir plus de vingt-cinq élèves dans une classe- »
« Je ne poserai aucun problème. »
Bien sûr que non. Pas un parfait Cullen. « Je sais ça, Edward. Mais il n'y a pas assez de sièges... »
« Puis-je laisser tomber le cours, alors ? Je pourrais utiliser cette période pour étudier indépendamment. »
« Laisser tomber la biologie ? » Elle resta bouche bée. C'est fou. C'est si dur que ça d'assister à un cours que l'on connait déjà ? Il doit y avoir un problème avec Mr. Banner. Je me demande si je devrais en parler à Bob ? « Tu n'auras pas assez de matières pour obtenir ton diplôme. »
« Je me rattraperai l'année prochaine. »
« Peut-être que tu devrais parler à tes parents à propos de ça. »
La porte s'ouvrit derrière moi, mais qui que ce fut, il ne pensait pas à moi, donc j'ignorai cette arrivée et me concentrai sur Mrs. Cope. Je me penchai un peu plus, et ouvrit mes yeux un peu plus grand. Cela marcherait mieux s'ils étaient dorés à la place de noir. La noirceur effrayait les gens, comme il se devait.
« S'il vous plait, Mrs. Cope ? » Je fis ma voix aussi douce et convaincante que je le pouvais – et elle pouvait être considérablement convaincante. « N'y-a-t'il aucune autre section avec laquelle je pourrais échanger ? Je suis sûr qu'il doit y avoir un emplacement quelque part. Une sixième heure de biologie ne peut pas être la seule option... »
Je lui souris, attentif à ne pas lui montrer trop largement mes dents pour ne pas l'effrayer, laissant l'expression adoucir mon visage.
Son coeur battit plus vite. Trop jeune, se rappela-t-elle désespérement. « Eh bien, peut-être que je peux parler à Bob – je veux dire, Mr. Banner. Je pourrais voir si- »
Une seconde fut tout ce qu'il fallut pour tout changer : l'atmosphère dans la pièce, ma mission ici, la raison pour laquelle j'étais penché vers cette femme aux cheveux rouges... Ce qui avait été pour un but précis avant était maintenant pour un autre.
Une seconde fut tout ce qu'il fallut pour Samantha Wells pour ouvrir la porte, placer un billet de retard signé dans un casier près de la porte, et sortir à nouveau, pressée d'être loin de l'école. Une seconde fut tout ce qu'il fallut pour le soudain coup de vent qui passa à travers la porte pour me percuter. Une seconde fut tout ce qu'il fallut pour moi pour réaliser pourquoi cette première personne à avoir franchi la porte ne m'avait pas interrompu avec ses pensées.
Je me tournai, bien que je n'en avais pas besoin pour m'en assurer. Je me tournai lentement, me battant pour contrôler les muscles qui se rebellaient contre moi.
Bella Swan était debout, son dos appuyé contre le mur à côté de la porte, un bout de papier serré dans sa main. Ses yeux s'écarquillèrent encore plus que d'habitude alors qu'elle rencontrait mon regard féroce, inhumain.
L'odeur de son sang imbibait chaque particule d'air dans la minuscule pièce chaude. Ma gorge s'enflamma.
Le monstre me regardait à travers le miroir de ses yeux encore une fois, un masque diabolique.
Ma main hésita, au-dessus du comptoir. Je n'aurais pas à me retourner pour l'atteindre et cogner la tête de Mrs. Cope contre son bureau avec assez de force pour la tuer. Deux vies au lieu de vingt. Un marché.
Le monstre attendait que je le fasse, anxieux, affamé.
Mais il y avait toujours un choix – il devait y avoir toujours un choix.
J'arrêtai le mouvement de mes poumons, et fixai le visage de Carlisle devant mes yeux. Je me retournai pour faire face à Mrs. Cope, et entendit sa surprise intérieure quant au changement de mon expression. Elle se recula, mais sa peur ne prit pas la forme de mots cohérents.
Utilisant tout le contrôle que j'avais acquis pendant mes décades de sacrifice de soi, je pris ma voix douce et égale. Il y avait juste assez d'air dans mes poumons pour parler une fois de plus, précipitant les mots.
« Tant pis, alors. Je vois bien que c'est impossible. Merci beaucoup pour votre aide. »
Je me tournai et sortis de la pièce, essayant de ne pas sentir la chaleur sanguine du corps de la fille alors que je passais à seulement quelques centimètres à côté.
Je ne m'arrêtai qu'une fois dans ma voiture, bougeant beaucoup trop vite tout le long du chemin. La plupart des humains étaient déjà partis, alors il n'y avait pas beaucoup de témoins. J'entendis un deuxième année, D.J. Garrett, un avertissement, puis l'ignorance...
D'où il sort, Cullen – c'est comme s'il venait d'apparaître... Et voilà, encore mon imagination. Maman dit toujours...
Quand je me glissai dans ma Volvo, les autres étaient déjà là. J'essayai de contrôler ma respiration, mais je cherchais l'air frais comme si je suffoquais.
« Edward ? » demanda Alice, alarmée.
Je secouai simplement la tête.
« Bon sang qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? » demanda Emmett, distrait, pour le moment, par le fait que Jasper n'était pas d'humeur pour une nouvelle partie.
Au lieu de répondre, je reculai la voiture. Je devais sortir de ce parking avant que Bella Swan ne puisse me suivre ici aussi. Mon propre démon, qui me hantait... Je tournai la voiture et accélérai. J'atteignis les soixante-cinq kilomètres à l'heure avant d'être sur la route. Une fois sur la route, j'atteignis les cent dix avant de prendre le virage.
Sans regarder, je savais qu'Emmett, Rosalie et Jasper s'étaient tous tournés pour regarder Alice. Elle haussa les épaules. Elle ne pouvait pas voir ce qu'il s'était passé, seulement ce qui arrivait.
Elle regardait vers moi à présent. Nous fûmes tous deux témoins de ce qu'elle vit dans sa tête, et nous fûmes tous deux surpris.
« Tu t'en vas ? » murmura-t-elle.
Les autres me fixaient à présent.
« Vraiment ? » sifflai-je entre mes dents.
Elle le vit alors, alors que ma résolution s'évanouissait et un autre choix engagea mon futur dans une direction plus sombre.
« Oh. »
Bella Swan, morte. Mes yeux, rouges, brillants de sang frais. L'enquête qui suivrait ensuite. Le temps que nous attendrions prudemment avant que nous puissions partir et recommencer en toute sécurité...
« Oh. » dit-elle à nouveau. L'image se fit plus spécifique. Je vis l'intérieur de la maison du Chef Swan pour la première fois, je vis Bella dans une petite cuisine aux placards jaunes, son dos tourné vers moi alors que je sortais de l'ombre... laissant l'odeur me guider vers elle...
« Arrête ! » grognai-je, incapable de supporter plus.
« Désolée. » murmura-t-elle, les yeux écarquillés.
Le monstre se réjouissait.
Et la vision dans sa tête changea à nouveau. Une autoroute vide, la nuit, les arbres sur le côté enveloppés de neige, apparaissant rapidement à près de trois cent vingt kilomètres heure.
« Tu vas me manquer. » dit-elle. « Peu importe si tu pars pour une courte durée. »
Emmett et Rosalie échangèrent un regard inquiet.
Nous étions presque au virage qui précédait la longue route qui menait chez nous.
« Laisse nous ici. » dit Alice. « Tu devrais le dire toi-même à Carlisle. »
J'acquiesçai, et la voiture s'arrêta soudainement dans un crissement.
Emmett, Rosalie et Jasper descendirent en silence; ils feraient tout expliquer à Alice une fois que je serais parti. Alice toucha mon épaule.
« Tu vas faire le bon choix. » mumura-t-elle. Pas une vision cette fois – un ordre. « Elle est la seule famille de Charlie Swan. Ça le tuerait aussi. »
« Oui. » dis-je, n'étant d'accord que sur la dernière partie.
Elle se glissa à l'extérieur pour rejoindre les autres, ses sourcils froncés d'anxiété. Ils se fondirent dans les bois, hors de vue avant que je ne puisse faire demi-tour.
J'accélérai vers la ville, et je savais que les visions dans la tête d'Alice allaient passer du sombre au clair comme une lumière stroboscopique. Alors que je filai vers Forks à cent quarante, je n'étais pas sûr d'où j'allais. Dire au revoir à mon père ? Ou étreindre le monstre à l'intérieur de moi ? La route filait sous mes pneus.

# Posté le mercredi 04 février 2009 07:27

Modifié le lundi 09 février 2009 12:48

Chapitre 2

Chapitre 2





Je m'adossai au banc de neige, laissant la poudre sèche se réorganiser autour de mes pieds. Ma peau était aussi froide que l'air autour de moi, et la glace ressemblait à du velours sous ma peau.
Le ciel au-dessus de moi était clair, brillant d'étoiles, d'un bleu rougeoyant par endroits, jaune à d'autres. Les étoiles créaient de majestueuses formes tourbillonnantes contre l'univers noir - une vision époustouflante. Délicieusement belle. Ou plutôt, elle aurait dû l'être. Aurait pu l'être, si j'avais été capable de la regarder correctement.
Ca n'allait pas mieux. Six jours avaient passé, six jours que je me cachais ici, dans l'étendue sauvage, déserte et désolée de Denali, mais j'étais loin de la liberté que j'avais eu avant de sentir son odeur pour la première fois. Quand j'avais fixé le ciel étincelant, c'était comme s'il y avait eu un obstacle entre mes yeux et sa beauté. L'obstacle était un visage, un visage humain, ordinaire, mais je ne parvenais pas vraiment à le faire disparaître de mon esprit.
J'entendis les pensées approcher avant d'entendre les pas qui les accompagnaient. Le son du mouvement n'était qu'un faible chuchotement sur la poudreuse.
Je n'étais pas surpris que Tanya m'ait suivi jusqu'ici. Je savais qu'elle avait, ces derniers jours, retourné dans sa tête la conversation à venir, la retardant jusqu'à ce qu'elle fut parfaitement sûre de ce qu'elle voulait dire.
Elle apparut dans la lumière à soixante mètres de là, bondissant sur la pointe d'une roche noire, se balançant là-haut sur ses pieds nus. Sa peau était teintée d'argenté par la lumière des étoiles et ses longues boucles blondes brillaient, pâles, presque roses. Ses yeux d'ambre miroitaient tandis qu'elle m'espionnait, à moitié cachée dans la neige, et ses lèvres pleines s'étendirent lentement en un sourire.
Exquise. Si j'avais été réellement capable de la voir. Je soupirai.
Elle s'accroupit sur la pointe de la pierre, le bout de ses doigts touchant la roche, son corps se replia.

"Boulet de cannon", pensa-t-elle.

Elle se lança elle-même dans les airs ; sa silhouette devint une ombre tandis qu'elle tournoyait avec grâce entre les étoiles et moi. Elle se roula en boule alors qu'elle heurtait le banc de neige compacte à côté de moi.
Un tourbillon de neige s'élevé autour de moi. Les étoiles s'obscurcirent et je fus profondément enterré dans un nuage de cristaux glacés et plumeux. Je soupirai à nouveau, mais ne fis aucun mouvement pour me déterrer. L'obscurité sous la neige ne blessa ni n'obscurcit ma vue. Je voyais encore le même visage.

_ Edward ?

La neige vola de nouveau tandis que Tanya m'exhumait pronptement. Elle balaya la poudre de mon visage immobile, sans me regarder complètement dans les yeux.

_ Désolée, murmura-t-elle. C'était une plaisanterie.
_ Je sais. C'était amusant.

Sa bouche se tordit à nouveau.

_ Irina et Kate ont dit que je devrais te laisser partir seul. Elles pensent que je t'agace.
_ Pas du tout, lui assurai-je. Je suis le seul à être impoli... horriblement impoli. Je suis vraiment désolé.

"Tu rentres chez toi, n'est-ce pas ?" pensa-t-elle.

_ Je ne suis pas encore... complètement... décidé.

"Mais tu ne vas pas rester ici." Sa pensée était maintenant mélancolique, triste.

_ Non. Ca ne semble pas... beaucoup m'aider.

Elle grimaça.

_ C'est de ma faute ?
_ Bien sûr que non, mentis-je doucement.

"Ne joue pas les gentlemen."

Je souris.

"Je te mets mal à l'aise", s'accusa-t-elle.

_ Non.

Elle haussa un sourcil, l'air si incrédule que j'en ris. Un rire bref, suivi d'un autre soupir.

_ D'accord, admis-je. Un petit peu.

Elle soupira, elle aussi, et se prit le menton dans les mains. Ses pensées étaient chagrinées.

_ Tu es mille fois plus jolie que les étoiles, Tanya. Bien sûr, tu en es déjà parfaitement consciente. Ne laisse pas mon obstination ébranler ta confiance.

Je ris devant l'improbabilité de cette idée.

_ Je ne suis pas habituée à être rejetée, grommela-t-elle, sa lèvre inférieure ressortant en une charmante moue.
_ Evidemment, approuvai-je, essayant sans trop de succès de bloquer ses pensées tandis qu'elle se promenait fugitivement dans les souvenirs de ses milliers de conquêtes réussies.

La plupart du temps, Tanya préférait les hommes humains - ils étaient plus populaires pour une chose, avec l'avantage d'être moelleux et chauds. Et toujours enthousiastes, sans aucun doute.

_ Succube, la taquinai-je, espérant rompre le fil des images défilant dans sa tête.

Elle sourit, ses dents étincelant :

_ L'original.

Contrairement à Carlisle, Tanya et ses soeurs avaient lentement découvert leur conscience. A la fin, ce fut leur penchant pour les hommes humains qui entraîna les soeurs à se détourner du massacre. Maintenant, les hommes qu'elles aimaient... vivaient.

_ Quand tu t'es montré ici, dit lentement Tanya, j'ai pensé que...

Je savais ce qu'elle avait pensé. Et j'aurais dû deviner qu'elle le verrait de cette façon. Mais, à ce moment-là, je n'étais pas au meilleur de ma forme pour analyser ses réflexions.

_ Tu as pensé que j'avais changé d'avis.
_ Oui, se renfrogna-t-elle.
_ Je me sens horrible de jouer avec tes prévisions, Tanya. Ca ne veut pas dire que... - je n'avais pas réfléchi. C'est juste que je me suis senti... pressé.
_ Je suppose que tu ne me diras pas pourquoi... ?

Je m'assis et enroulai mes bras autour de mes jambes, me pelotonnant dans une posture défensive.

_ Je ne veux pas parler de ça.

Tanya, Irina et Kate étaient très douées dans cette vie à laquelle elles s'étaient dévouées. Même plus, d'une certaine façon, que Carlisle. Malgré l'extrême proximité qu'elles se permettaient avec ceux qui auraient dû être - et avaient été - leurs proies, elles ne faisaient pas d'erreurs. J'avais honte d'avouer ma faiblesse à Tanya.

_ Des problèmes avec les femmes ? supposa-t-elle, malgré ma réticence.

J'eus un rire sombre.

_ Pas de la façon dont tu l'imagines.

Elle était silencieuse maintenant. J'entendais ses pensées tandis qu'elle allait de supposition en supposition, essayant de déchiffrer la signification de mes mots.

_ Tu en es loin, lui dis-je.
_ Un indice ? demanda-t-elle.
_ S'il te plaît, laisse tomber, Tanya.

Elle se tut une nouvelle fois, spéculant encore. Je l'ignorai, tentant en vain d'apprécier les étoiles. Elle abandonna après un moment de silence et ses réflexions se poursuivirent dans une direction différente.

"Où iras-tu si tu pars, Edward ? Tu retourneras avec Carlisle ?"

_ Je ne crois pas, murmurai-je.

Où irai-je ? Je ne pouvais trouver, sur toute cette planète, un endroit qui eut le moindre intérêt pour moi. Il n'y avait rien que je voulais voir ou faire. Parce que le problème n'était pas de savoir où j'irai : ce n'était pas comme si j'irais quelque part, je ne ferais que fuir.
Je détestais ça. Quand étais-je devenu un tel lâche ?
Tanya passa son bras mince autour de mes épaules. Je me raidis, mais ne reculai pas à son contact. Elle essayait de me dire que rien ne valait mieux que le réconfort d'un ami. Dans l'essentiel.

_ Je pense que tu vas rentrer chez toi, dit-elle, sa voix reprenant une légère pointe de son accent russe perdu. Pas de problème avec ce qui... ou qui... te hante. Tu y feras face. Tu es comme ça.

Ses pensées étaient aussi certaines que ses mots. J'essayai d'étreindre l'image de moi qu'elle avait dans la tête. Celle qui faisait face aux choses la tête haute. C'était agréable de penser à moi de cette manière. Je n'avais jamais douté de mon courage, de mon habileté à faire face aux difficultés, avant cette horrible heure en classe de biologie au lycée, il y avait peu de temps.
Je lui embrassai la joue, reculant promptement lorsqu'elle tourna son visage vers le mien, les lèvres déjà plissées. Ma rapidité la fit sourire d'un air piteux.

_ Merci, Tanya. J'avais besoin d'entendre ça.

Ses pensées devinrent irascibles.

_ J'imagine que tu es le bienvenu. J'aimerai que tu sois plus raisonnable quant à ces choses-là, Edward.
_ Je suis déolé, Tanya. Tu sais que tu es trop bien pour moi. Je n'ai juste... pas encore trouvé ce que je cherche.
_ Bien. Si tu pars avant qu'on ne se revoie... au revoir, Edward.
_ Au revoir, Tanya.

Alors que je prononçai ces mots, je pus le voir. Je pus me voir partir. Être assez fort pour retourner au seul endroit où je voulais être.

_ Merci encore.

En un mouvement habile, elle fut sur ses pieds, puis elle s'éloigna comme un fantôme à travers la neige si rapidement que ses pieds n'avaient pas le temps de s'enfoncer dedans. Elle ne laissa aucune empreinte derrière elle. Elle ne regarda pas en arrière. Mon rejet la tracassait plus qu'elle ne l'aurait dit, même en pensée. Elle ne voulait pas me revoir avant mon départ.
Ma bouche se tordit avec chagrin. Je n'aimais pas blesser Tanya, bien que ses sentiments ne fussent pas profonds, guère purs, et en aucun cas une chose à laquelle je pouvais répondre. Cela me faisait me sentir bien en dessous d'un gentleman.
Je posai mon menton sur mes genoux et fixai du nouveau les étoiles, bien que je fusse soudainement désireux d'être sur la route. Je savais qu'Alice me verrait revenir à la maison, qu'elle le dirait aux autres. Cela les rendrait heureux - surtout Carlisle et Esmé. Mais je contemplai les étoiles pendant un moment encore, essayant de voir à travers le visage dans ma tête. Entre les lumières brillantes et moi, une paire d'yeux perplexes marron chocolat me fixaient, semblant me demander ce que ma décision signifiait pour elle. Je ne pouvais évidemment pas être certain que ce fut cela que ses yeux cherchaient. Même dans mon imagination, je ne pouvais entendre ses pensées. Les yeux de Bella Swan continuaient de me questionner, et la vue des étoiles continuait de m'échapper. Avec un gros soupir, j'abandonnai et me remis sur mes pieds. Si je courais, je pourrais être de retour à la voiture de Carlisle en moins d'une heure...
Dans ma hâte de retrouver ma famille - et voulant vraiment être le Edward qui faisait front la tête haute - je m'élançai à travers le champ de neige étoilé, sans laisser la moindre empreinte de pas.


***


_ Ca devrait aller, souffla Alice.

Ses yeux étaient troublés, et Jasper la prit doucement par le coude, la guide vers l'avant tandis que nous marchions en groupe serré dans la cafétéria. Rosalie et Emmett étaient en tête, Emmett ressemblant ridiculement à un garde du corps au milieu d'un territoire ennemi. Rosalie aussi paraissait prudente, mais plus irritée que protectrice.

_ Evidemment, grommelai-je.

Son comportement était grotesque. Si je n'étais pas sûr que je pouvais supporter ce moment, je serais resté à la maison.
Le changement brutal de notre matinée normale, et même amusante - il avait neigé pendant la nuit, et Emmett et Jasper n'en étaient pas au point de prendre avantage de ma distraction pour me bombarder de boules de neige ; quand ils s'étaient ennuyés de mon absence de réponse, ils s'étaient retournés contre les autres - quant à cette vigilance exagérée aurait été amusant, s'il n'était pas agaçant.

_ Elle n'est pas encore là, mais elle approche de l'entrée... Elle ne sera pas en sécurité si nous nous asseyons à notre endroit habituel.
_ Bien sûr que nous allons nous asseoir à nos places habituelles. Arrête ça, Alice. Tu me tapes sur les nerfs. J'irai parfaitement bien.

Elle cilla une fois tandis que Jasper l'aidait à s'installer sur sa chaise, puis ses yeux se concentrèrent finalement sur mon visage.

_ Hmm, dit-elle d'un air surpris. Je pense que tu as raison.
_ Evidemment, marmonnai-je.

Je détestais être le centre de leur attention. Je ressentis une soudaine sympathie pour Jasper, me rappelant de toutes les fois où nous avions rôdé autour de lui de façon protectrice. Il croisa brièvement mon regard et sourit.

"Agaçant, hein ?"

Je grimaçai.
Etait-ce juste la semaine dernière que cette longue pièce terne m'avait semblé aussi maussade ? Que ça paraissait presque comme dormir, comme être dans le coma, que d'être là ?
Aujourd'hui, mes nerfs étaient tendus au possible - des cordes de piano tendues par la plus grande pression. Mes sens étaient plus qu'en alerte. Je scannais tous les sons, toutes les vues, tous les mouvements de l'air qui touchaient ma peau, toutes les pensées. Particulièrement les pensées. Il n'y avait qu'un seul sens que je gardai bloqué, refusant de m'en servir. Mon odorat, s'entend. Je ne respirais pas.
Je m'étais attendu à entendre plus de choses à propos des Cullen dans les pensées à travers lesquelles je passais. J'avais attendu toute la matinée, cherchant la nouvelle connaissance à qui Bella Swan avait dû se confier, essayant de voir la direction que le nouveau commérage prendrait. Mais il n'y avait rien. Personne ne remarquait les cinq vampires dans la cafétéria, simplement les mêmes qu'avant l'arrivée de la nouvelle fille. Plusieurs humains étaient encore en train de penser à elle, ils y songeaient encore de la même façon que la semaine précédente. Au lieu de trouver ça ennuyeux, j'étais maintenant fasciné.
N'avait-elle rien dit à personne à propos de moi ?
Il était impossible qu'elle n'eut pas remarqué mon regard noir et meurtrier. J'avais vu sa réaction. Je l'avais sûrement effrayée. J'avais été persuadé qu'elle aurait parlé de cela à quelqu'un, peut-être même exagéré l'histoire pour la rendre meilleure. M'attribuant quelques paroles menaçantes.
Et puis, elle m'avait aussi entendu essayer de sortir de notre classe de biologie. Elle devait se demander, après avoir vu mon expression, si elle en était la cause. Une fille normale voudrait poser des questions autour d'elle, comparer son expérience à celles des autres, cherchant un point commun qui expliquerait mon comportement, si elle ne se sentait pas unique. Les humains étaient constamment désespérés de se sentir normaux, de s'intégrer. S'harmoniser avec tous ceux autour d'eux, comme un troupeau de mouton sans caractère. Cette nécessité était particulièrement forte pendant l'adolescence où chacun manquait de confiance. Cette fille ne serait pas une exception.
Mais aucun d'entre eux ne remarqua que nous étions assis là, à notre table habituelle. Bella devait être remarquablement timide, si elle ne s'était confiée à personne. Peut-être qu'elle avait parlé à son père, peut-être que c'était une relation plus forte... bien que cela sembla improbable, prétextant le fait qu'elle n'avait pas passé suffisamment de temps avec lui dans toute sa vie. Elle devait être plus proche de sa mère. Donc, je devrais bientôt passer par le chef Swan, un jour où l'autre, et écouter ce qu'il pensait.

_ Quelque chose de nouveau ? demanda Jasper.
_ Rien. Elle... doit n'avoir rien dit.

Ils levèrent tous un sourcil à cette nouvelle.

_ Peut-être que tu ne fais pas aussi peur que tu le crois, dit Emmett en gloussant. Je parie que je pourrais l'effrayer plus que ça.

Je roulai des yeux.

_ Je me demande pourquoi... ?

Il était une fois de plus déconcerté par ma révélation quant au silence unique de cette fille.

_ Nous étions persuadés qu'elle parlerait, alors je ne sais pas.
_ Elle entre, murmura ensuite Alice.

Je sentis mon corps se raidir.

_ Essaie d'avoir l'air humain.
_ Humain, tu dis ? demanda Emmett.

Il leva son poing droit, tournant ses doigts pour révéler la boule de neige qu'il avait conservé dans sa paume. Evidemment, elle n'avait pas fondu. Il la compressa en un bloc de glace bosselé. Il fixait Jasper, mais je vis la direction que prenaient ses pensées. Autant qu'Alice, bien sûr. Lorsqu'il lança brutalement le morceau de glace sur elle, elle le renvoya au loin avec une légère pichenette. La glace ricocha sur toute la longueur de la cafétéria, trop rapide pour être vue par des yeux humains, et se fracassa avec un craquement aigu contre le mur de briques. La brique craqua, elle aussi.
Les têtes, dans ce coin de la salle, se tournèrent toutes pour regarder la pile de débris de glace sur le sol, puis pivotèrent pour trouver le coupable. Ils ne cherchèrent pas plus loin qu'à quelques tables autour. Pas un seul ne nous regarda.

_ Très humain, Emmett, dit Rosalie d'une voix cinglante. Pourquoi ne donnes-tu pas un coup de poing dans le mur pendant que tu y es ?
_ Ca aurait l'air trop impressionnant si je faisais ça, bébé.

J'essayai de faire attention à eux, gardant mon sourire comme si je prenais part à leur badinage. Je ne pouvais pas me permettre de regarder vers la file dans laquelle je savais qu'elle se tenait. Mais c'était tout ce que j'écoutais.
Je pouvais entendre l'impatience de Jessica avec la nouvelle fille, qui semblait distraite, elle aussi, restant immobile dans la file mouvante. Je voyais, dans les pensées de Jessica, que les joues de Bella Swan s'étaient une fois de plus colorées de rose.
Je m'arrêtai brièvement, la respiration peu profonde, prêt à cesser de respirer si le moindre soupçon de son odeur atteignait l'air près de moi.
Mike Newton était avec les deux filles. J'entendis leurs deux voix, mentales et orales, lorsqu'il demanda à Jessica ce qui n'allait pas avec la fille Swan. Je n'aimais pas la façon dont ses pensées s'emballaient à propos d'elle, le clignotement de fantasmes déjà établis qui embuait son esprit pendant qu'il la regardait entrer et ressortir de ses rêveries comme si elle avait oublié qu'il était là.

_ Rien, entendis-je Bella dire d'une voix douce et claire qui semblait résonner comme une clochette par-dessus les babillements dans la cafétéria, mais je savais que c'était parce que je l'écoutais trop intensément. Je ne prendrai qu'une limonade, aujourd'hui, continua-t-elle tandis qu'elle rattrapait la file.

Je ne pus m'empêcher de jeter un rapide coup d'oeil dans sa direction. Elle fixait le sol, son sang quittant rapidement son visage. Je regardai vivement ailleurs, vers Emmett, qui rigola au sourire peiné que j'affichais maintenant.

"Tu as l'air malade, frangin."

Je modifiai mes traits de façon à ce que mon expression parut décontractée et naturelle.
Jessica s'interrogeait à voix haute quant à l'absence d'appétit de la fille.

_ Tu n'as pas faim ?
_ Je suis un peu patraque.

Sa voix était faible, mais encore très claire.
Pourquoi est-ce que l'inquiétude protectrice qui émana soudain des pensées de Mike Newton m'ennuyait-elle ? En quoi était-ce un problème qu'il y eut un lien protecteur entre eux ? Ce n'était pas mes affaires si Mike Newton se sentait en permanence inquiet pour elle. Peut-être était-ce dû à la façon dont tout le monde réagissait face à elle. Ne voulais-je pas, instinctivement, la protéger également ? Avant, j'aurai voulu la tuer, c'était...
Mais la fille était-elle malade ?
Il était difficile de juger - elle avait l'air tellement fragile avec sa peau translucide... Puis je remarquai que j'étais inquiet, moi aussi, exactement comme ce garçon stupide, et je me forçai à ne pas penser à sa santé.
Malgré tout, je n'aimais pas la surveiller à travers les pensées de Mike. J'embrayai sur celles de Jessica, observant avec attention tandis que tous les trois choisissaient à quelle table s'asseoir. Heureusement, ils s'installèrent avec les amis habituels de Jessica, à l'une des premières tables de la pièce. Pas abrités, juste comme Alice l'avait promis.
Alice me donna un coup de coude.

"Elle va bientôt te regarder, agis comme un humain."

Je serrai les dents derrière mon sourire.

_ Du calme, Edward, dit Emmett. Franchement, même si tu tues un humain, ce ne sera pas vraiment la fin du monde.
_ Tu aimerais bien le savoir, marmonnai-je.

Emmett rigola.

_ Tu dois apprendre à passer au-dessus des choses, comme je le fais. L'éternité est une longue période pour se vautrer dans la culpabilité.

Juste à ce moment-là, Alice jeta une petite poignée de glace qu'elle avait cachée au visage naïf d'Emmett.
Il cligna des yeux, surpris, puis sourit d'avance.

_ Tu l'as cherché, dit-il en se penchant au-dessus de la table et en secouant ses cheveux incrustés de glace dans sa direction.

La neige, qui fondait dans la chaleur de la salle, s'envola de ses cheveux en une épaisse averse mi-liquide mi-gelée.

_ Hé ! se plaignit Rosalie tandis qu'elle et Alice reculaient devant le déluge.

Alice rit, et nous l'imitâmes. Je pouvais voir dans la tête d'Alice comment elle orchestrait ce moment parfait, et je savais que la fille - je devrais arrêter de penser à elle de cette façon, comme si elle était la seule fille au monde - que Bella nous regardait rire et jouer, ressemblant à une joyeuse, humaine et irréaliste peinture de Norman Rockwell.
Alice, qui continuait de rire, prit son plateau en guise de bouclier. La fille - Bella nous regardait encore.

"... regarde encore les Cullen", pensa quelqu'un, attirant mon attention.

Je regardai automatiquement vers l'appel involontaire, réalisant pendant que mes yeux trouvaient leur destination que je reconnaissais la voix - je l'avais par trop écoutée aujourd'hui.
Mais mes yeux glissèrent directement au-delà de Jessica et se concentrèrent sur le regard pénétrant de la fille.
Elle baissa rapidement les yeux, se cachant à nouveau derrière ses cheveux épais.
A quoi pensait-elle ? Le temps qui passait semblait rendre la frustration plus vive, plutôt que de l'engourdir. J'essayai - incertain de ce que je faisais puisque je n'avais jamais eu à la faire avant - de sonder le silence autour d'elle avec mon esprit. Mon ouïe hyper développée me revint naturellement, comme toujours, sans rien demander : je n'avais jamais eu à travailler là-dessus. Mais, maintenant, je me concentrai, tentant de causer une brèche à travers ce qui l'entourait comme un bouclier.
Rien que le silence.

"Qu'est-ce qui ne va pas avec elle ?" pensa Jessica, faisant écho à ma propre pensée.

_ Edward Cullen te mate, murmura-t-elle à l'oreille de la fille Swan avec un petit rire.

Il n'y avait aucune trace de son irritation jalouse dans son ton. Jessica semblait être douée pour feindre l'amitié.
J'écoutais, absorbé, la réponse de la fille.

_ Il n'a pas l'air furieux, hein ? murmura-t-elle en retour.

Ainsi, elle avait remarqué ma réaction violente de la semaine dernière. Evidemment.
La question troubla Jessica. Je vis mon propre visage dans ses pensées tandis qu'elle examinait mon expression, mais je ne croisai pas son regard. J'étais toujours concentré sur la fille, tentant d'entendre quelque chose. Mon intense concentration ne semblait pas m'aider le moins du monde.

_ Non, lui dit Jessica, et je savais qu'elle aurait souhaité pouvoir dire oui - comment elle ne l'acceptait pas, mon regard - bien qu'il n'y eut aucune trace de cela dans sa voix. Il devrait ?
_ Je crois qu'il ne m'apprécie guère, murmura la fille en posant sa tête sur son bras comme si elle était soudain fatiguée.

J'essayai de comprendre ce mouvement, mais je ne pouvais faire que des suppositions. Peut-être était-elle fatiguée.

_ Les Cullen n'aiment personne..., la rassura Jessica. Enfin, disons qu'ils ne s'intéressent pas assez aux autres pour les aimer.

"Ils ne s'intègrent jamais."

Sa pensée était un grommellement de plainte.

_ En tout cas, il continue à t'admirer.
_ Arrête de le regarder, dit nerveusement la fille, levant la tête de sur son bras pour vérifier que Jessica obéissait à son ordre.

Jessica ricana, mais fit ce qu'elle lui demandait.
La fille ne regarda plus ailleurs qu'à sa table pendant le reste de l'heure. Je pensais - bien que, bien sûr, je ne pouvais en être sûr - que c'était délibéré. Il semblait qu'elle aurait voulu me regarder. Son corps aurait voulu bouger légèrement dans ma direction, son menton aurait voulu commencer à se tourner. Puis elle se ressaisissait elle-même, prenant une profonde inspiration, et regardai fixement celui qui parlait.
J'ignorai, pour la plupart, les pensées qui traînaient autour d'elle puisqu'elles ne la concernaient pas, pour le moment. Mike Newton prévoyait une bataille de boules de neige dans le parking, après les cours, ne semblant pas réalisé que la neige s'était déjà changée en pluie. Le battement des légers flocons contre le toit était devenu l'habituel crépitement des gouttes d'eau. Ne pouvait-il réellement pas entendre le changement ? Cela semblait bruyant pour moi.
Quand la pause déjeuner prit fin, je restai sur ma chaise. Les humains sortirent et je me surpris à essayer de distinguer le son de leurs pas du reste, comme s'il y avait quelque chose d'important ou d'inhabituel à leur propos. Complètement idiot.
Aucun membre de ma famille ne fit un geste pour partir. Ils attendaient de voir ce que je voulais faire.
Voulais-je aller en cours ? M'asseoir à côté de la fille dont je pourrais sentir l'absurdement puissante odeur de son sang et la chaleur de ses pulsations dans l'air sur ma peau ? Etais-je assez fort pour ça ? Ou en avais-je eu assez pour la journée ?

_ Je... pense... que c'est bon, dit Alice, hésitante. Ton esprit est déterminé. Je pense que tu tiendras pendant l'heure.

Mais Alice savait bien avec quelle rapidité un esprit pouvait changer.

_ Pourquoi repousser ça, Edward ? demanda Jasper.

Bien qu'il ne voulait pas se sentir satisfait que je fus celui qui se sentait faible, à présent, je pus entendre qu'il l'était, juste un peu.

_ Rentre à la maison. Prends ton temps.
_ Quel est le marché ? désapprouva Emmett. Soit il la tue, soit il ne la tue pas. C'est peut-être aussi bien qu'il traverse ça, d'une façon ou d'une autre.
_ Je ne veux pas déjà déménager, se plaignit Rosalie. Je ne veux pas de nouveau tout recommencer. Nous avons presque fini le lycée, Emmett. Enfin.

J'étais également déchiré quant à ma décision. Je voulais, sérieusement, faire face plutôt que fuir au loin une nouvelle fois. Mais je ne voulais pas non plus me pousser moi-même trop loin. D'après Jasper, ça avait été une erreur de partir aussi longtemps sans chasser, la semaine dernière. Etait-ce une erreur absurde ?
Je ne voulais pas déraciner ma famille. Aucun d'entre eux ne me remercierait pour ça.
Mais je voulais aller à mon cours de biologie. Je réalisai que je voulais revoir son visage.
Ce fut ce qui me décida. Cette curiosité. J'étais en colère contre moi-même de ressentir ça. Ne m'étais-je pas promis que je ne laisserai pas le silence de l'esprit de cette fille me faire m'intéresser outre mesure à elle ? Et j'étais maintenant plus qu'excessivement intéressé.
Je voulais savoir ce qu'elle pensait. Son esprit était fermé, mais ses yeux étaient vraiment ouverts. Peut-être que je pourrais lire en eux.

_ Non, Rosalie, je pense vraiment que ça ira bien, dit Alice. Ca s'est... précisé. Je suis sûre à quatre-vingt-treize pourcent que rien de mauvais n'arrivera s'il va en cours.

Elle posa sur moi un regard inquisiteur, se demandant ce qui avait changé dans mes pensées pour que sa vision lui montrât un avenir plus sûr.
Ma curiosité serait-elle suffisante pour garder Bella Swan en vie ?
Emmett avait raison, toutefois - pourquoi ne serait-ce pas aussi bien ? Je voulais faire face à la tentation.

_ Allons en cours, ordonnai-je en m'écartant de la table.

Je me retournai et m'éloignait d'eux à grands pas, sans un regard en arrière. Je pouvais entendre l'inquiétude d'Alice, la censure de Jasper, l'approbation d'Emmett et l'irritation de Rosalie traîner derrière moi.

Je pris une dernière profonde inspiration devant la porte de la salle de cours et la conservait dans mes poumons en marchant dans la petite et chaude pièce.
Je n'étais pas en retard. M. Banner était encore en train d'installer le laboratoire du jour. La fille était à ma - à notre table, le visage à nouveau baissé, regardant le cahier sur lequel elle gribouillait. J'examinai l'esquisse en approchant, intéressé même par cette insignifiante création de son esprit, mais c'était dépourvu de sens. Juste un barbouillage hasardeux de noeuds dans d'autres noeuds. Peut-être n'était-elle pas concentrée sur le dessin, peut-être pensait-elle à autre chose ?
Je tirai mon tabouret en arrière avec une rudesse inutile, la laissant gratter contre le linoléum : les humains se sentaient toujours plus à l'aise quand du bruit annonçait l'arrivée de quelqu'un.
Je savais qu'elle l'entendait : elle ne leva pas les yeux, mais sa main manqua l'un des noeuds du motif qu'elle dessinait, le déséquilibrant.
Pourquoi ne levait-elle pas les yeux ? Elle avait sûrement peur. Je devais être sûr de la quitter avec une meilleure impression cette fois. Faire en sorte qu'elle pense qu'elle s'était imaginée des choses avant.

_ Bonjour, dis-je de la voix douce que j'utilisais quand je voulais mettre les humains à l'aise, formant un sourire poli sur mes lèvres qui ne montrait pas mes dents.

Elle leva la tête et ses grands yeux marron surpris - presque perplexes - s'emplirent de nombreuses questions silencieuses. C'était la même expression qui avait obscurcit ma vue pendant toute la semaine dernière.
Alors que je regardais dans ces yeux marron étrangement profonds, je réalisai que la haine - la haine que j'avais imaginé que cette file méritait, d'une façon ou d'une autre, pour le simple fait d'exister - s'était évaporée. Ne pas respirer maintenant, ne pas goûter son odeur, il était difficile de croire que quelqu'un d'aussi vulnérable pourrait jamais justifier la haine.
Ses joues commencèrent à rougir et elle ne dit rien.
Je gardai mes yeux sur les siens, uniquement concentré sur leur profondeur interrogatrice, et tentai d'ignorer la couleur appétissante de sa peau.

_ Je m'appelle Edward Cullen, me présentai-je, bien que je sus qu'elle le savait déjà, mais c'était la façon la plus polie de commencer. Je n'ai pas eu l'occasion de me présenter, la semaine dernière. Tu dois être Bella Swan.

Elle sembla troublée - il y avait de nouveau cette petite ride entre ses yeux. Cela lui prit une demie seconde de plus qu'il ne le fallait pour répondre.

_ D'où... d'où connais-tu mon nom ? demanda-t-elle et sa voix trembla légèrement.

J'avais vraiment dû la terrifier. Cela me fit me sentir coupable : elle était tellement sans défense. Je ris gentiment - un son que je savais qu'il mettait les humains à l'aise. A nouveau, je fis attention à mes dents.

_ Oh, ce n'est un secret pour personne.

Elle avait sûrement remarqué qu'elle était devenue le centre d'attention dans cet endroit monotone.

_ Tu étais attendue comme le messie, tu sais.

Elle fronça les sourcils comme si cette information lui était déplaisante. Je supposai, qu'étant timide comme elle l'était, que l'attention paraissait être, pour elle, une mauvaise chose. Beaucoup d'humains ressentaient le contraire. Plutôt, ils ne voulaient pas être mis à l'écart du troupeau, en même temps qu'ils désiraient qu'un spot de lumière soit braqué sur leur uniformité individuelle.

_ Ce n'est pas ça, dit-elle. Pourquoi Bella ?
_ Tu préfères Isabella ? demandai-je, troublé par le fait que je voyais pas où ses questions menaient.

Je ne comprenais pas. Elle avait certainement fait nettement montre de sa préférence plusieurs fois depuis le premier jour. Les humains étaient-ils tous aussi complexes sans l'entente mentale comme guide ?

_ Non, répondit-elle en penchant légèrement sa tête sur le côté.

Son expression - si je la lisais correctement - était partagée entre embarras et confusion.

_ Mais je pense que Charlie... mon père... ne m'appelle pas autrement derrière mon dos. Du moins, c'est ainsi que tout le monde ici paraît me connaître.

Son visage s'assombrit d'une ombre rose.

_ Ah bon, dis-je faiblement avant de détourner rapidement les yeux de sur son visage.

Je réalisai seulement maintenant ce que ses questions signifiaient : j'avais une gaffe, une erreur. Si, ce premier jour, je n'avais pas écouté aux portes, je me serais alors initialement adressé à elle en utilisant son nom complet, comme tous les autres. Elle avait remarqué la différence.
Je ressentis une pointe de malaise. C'était vraiment vif de sa part de relever mon erreur. Vraiment astucieux, tout particulièrement venant de quelqu'un qui était supposé être terrorisé par ma proximité.
Mais j'avais de plus gros problèmes que les suspicions qu'elle pouvait avoir à mon égard, gardées en sécurité dans sa tête.
Je manquais d'air. Si je voulais lui parler à nouveau, je devrais inhaler. Ce serait difficile d'éviter de parler. Malheureusement pour elle, partager cette table avec moi faisait d'elle ma partenaire de labo et nous avions à travailler ensemble aujourd'hui. Cela me semblerait bizarre - et inexplicablement impoli - de l'ignorer pendant que nous étions au labo. Cela lui ferait faire plus de suspicions, l'effraierait plus...
Je m'éloignai d'elle aussi loin que je le pouvais sans bouger mon tabouret, tournant la tête vers l'allée. Je tenais bon, contractant mes muscles, puis aspirai une rapide bouffée d'air pour remplir mes poumons, inspirant uniquement par la bouche.
Ahh !!
C'était vraiment pénible. Même sans la sentir, je pouvais la goûter sur ma langue. Ma gorge fut à nouveau soudainement en feu, la soif chaque fois plus puissante que le premier jour où j'avais senti son odeur, la semaine dernière.
Je grinçai des dents et essayai de me ressaisir.

_ Allez-y, ordonna M. Banner.

Il sembla que cela me demandait tout le self-control que j'avais obtenu en soixante-dix ans de travail acharné pour me tourner vers la fille, qui regardait la table, et sourire.

_ Les dames d'abord ? proposai-je.

Elle leva les yeux à mon expression et son visage pâlit, ses yeux s'agrandirent. Y avait-il quelque chose d'étrange dans mon expression ? Etait-elle une fois de plus effrayée ? Elle ne parla pas.

_ A moins que tu préfères que je commence, dis-je doucement.
_ Non, dit-elle et son visage passa de nouveau du blanc au rouge, aucun problème.

Je fixai l'équipement posé sur la table, le microscope cabossé, la boîte de lamelles, tout plutôt que regarder le sang tourbillonnant sous sa peau claire. Je pris une autre brève inspiration, par la bouche, et grimaçai alors que le goût me faisait mal à la gorge.

_ Prophase, dit-elle après un rapide examen.

Elle commença à déplacer la lamelle, bien qu'elle l'eut à peine observée.

_ Ca t'embête si je regarde ?

Instinctivement - stupidement, comme si j'étais de son espèce - je tendis le bras pour arrêter sa main qui emmenait la lamelle. Pendant une seconde, la chaleur de sa peau brûla la mienne. C'était comme une décharge électrique - sûrement plus chaude qu'un simple 37,2 ° C. La chaleur s'étendit à travers ma main et monta dans mon bras. Elle arracha sa main de sous la mienne.

_ Désolé, marmonnai-je, les dents serrées.

Ayant besoin d'un endroit où regarder, j'empoignai le microscope et jetai un bref coup d'oeil dans l'oculaire. Elle avait raison.

_ Prophase, approuvai-je.

J'étais encore trop perturbé pour la regarder. Inspirant aussi vite que je le pouvais à travers mes dents serrées et essayant d'ignorer l'ardente soif, je me concentrai sur ce simple devoir, écrivant le mot sur la ligne appropriée de la feuille d'analyse, puis remplaçant la première lamelle par la suivante.
A quoi pensait-elle maintenant ? Qu'avait-elle ressenti quand j'avais touché sa main ? Ma peau devait être aussi froide que la glace - repoussante. Pas besoin de se demander pourquoi elle était si silencieuse.
Je regardai la lamelle.

_ Anaphase, me dis-je à moi-même en l'écrivant sur la seconde ligne.
_ Je peux ? demanda-t-elle.

Je levai les yeux vers elle, surpris de voir qu'elle attendait, une main en partie tendue vers le microscope. Elle n'avait pas l'air apeurée. Pensait-elle réellement que je pouvais donner une réponse erronée ?
Je ne pouvais aider mais souris à son regard plein d'espoir tandis que je faisais glisser le microscope vers elle.
Elle regarda dans l'oculaire avec une impatience qui se fana rapidement. Les coins de sa bouche s'affaissèrent.

_ Troisième lamelle ? demanda-t-elle sans lever les yeux du microscope mais en tandant la main.

Je déposai la lamelle suivante dans sa main, sans laisser ma peau toucher la sienne une fois de plus. Être assis à côté d'elle était comme être assis à côté d'une lampe chaude. Je pouvais me sentir lentement réchauffé par la plus haute température.
Elle n'observa pas la lamelle pendant longtemps.

_ Interphase, dit-elle nonchalament - peut-être en essayant de faire un peu trop retentir cela - et poussa le microscope vers moi.

Elle ne toucha pas le papier, mais m'attendit pour écrire la réponse. Je l'examinai - elle avait de nouveau raison.
Nous finîmes de cette manière, ne prononçant qu'un mot de temps en temps et ne rencontrant jamais les yeux de l'autre. Nous étions les seuls à avoir terminé - les autres, dans la classe, semblaient passer un sale quart d'heure dans le laboratoire. Mike Newton semblait peiner à se concentrer - il essayait de nous regarder, Bella et moi.

"J'espérai qu'il serait resté là où il était allé", pensait Mike en me fixant intensément.

Hmm, intéressant. Je n'avais pas réalisé que le garçon nourrissait de la rancoeur à mon égard. C'était un nouveau développement, tout aussi récent que l'arrivée de la fille semblait-il. Encore plus intéressant. Je découvrais - à ma surprise - que ce sentiment était réciproque.
Je baissai à nouveau les yeux sur la fille, perplexe par la grande pagaille et le bouleversement qu'elle apportait, malgré sa banalité et son apparence pacifique, dans ma vie.
Ce n'était pas que je ne pouvais pas voir ce qui attirait Mike. En fait, elle était plus que jolie... d'une façon peu commune. Mieux qu'être beau, son visage était intéressant. Pas vraiment symétrique - son menton étroit ne s'équilibrait pas avec ses larges pommettes, extrêmes dans le teint - les contrastes lumineux et sombres de son visage, et puis il y avait ses yeux, emplis de secrets silencieux...
Des yeux qui se plantèrent soudain dans les miens.
Je la fixai, essayant de deviner même un seul de ses secrets.

_ Tu portes des lentilles, non ? demanda-t-elle tout à coup.

Quelle étrange question.

_ Non.

Je souris presque à l'idée de l'amélioration de ma vue.

_ Ah bon, marmonna-t-elle. Tes yeux sont différents, pourtant.

Je me sentis soudain refroidi, alors que je réalisai que je n'étais apparemment pas le seul à tenter de percer des secrets aujourd'hui.
Je haussai les épaules, raides, et regardai droit devant, là où le professeur faisait ses rondes. Bien sûr qu'il y avait quelque chose de différent au sujet de mes yeux depuis la dernière fois qu'elle avait regardé dedans. Ma préparation à l'épreuve d'aujourd'hui, à la tentation de ce jour. J'avais passé le week-end entier à chasser, étanchant autant que possible ma soif, exagérant réellement. Je m'étais saturé de sang animal, non pas que cela fit beaucoup de différence devant le scandaleux arôme qui flottait dans l'air autour d'elle. Quand je l'avais regardée la semaine dernière, mes yeux étaient noircis par la soif. Maintenant, mon corps empli de sang, mes yeux étaient d'un or chaud. D'un ambre lumineux, depuis ma tentative d'étancher ma soif.
Une autre erreur. Si j'avais vu ce qu'elle avait voulu dire avec sa question, j'aurai simplement pu lui répondre "oui".
J'étais maintenant assis à côté d'humains dans ce lycée depuis deux ans, et elle était la première à m'examiner de suffisamment près pour remarquer le changement de couleur de mes yeux. Les autres, alors qu'ils admiraient la beauté de ma famille, avaient tendance à rapidement regarder par terre lorsque nous leur retournions leurs regards. Ils se tenaient à l'écart, refoulant les détails de notre apparence dans une instinctive tentative de se protéger de l'incompréhensible. L'ignorance était le bonheur parfait pour l'esprit humain.
Pourquoi fallait-il que ce soit cette fille qui en vit trop ?
M. Banner s'approcha de notre table. J'inhalai avec gratitude la bouffée d'air pur qu'il apportait avant qu'il ne se mélange à l'odeur de la fille.

_ Laisse-moi deviner, Edward, dit-il en regardant par-dessus nos réponses, tu as estimé qu'Isabella ne méritait pas de toucher au microscope ?
_ Bella, le corrigeai-je automatiquement. Et détrompez-vous, elle en a identifié trois sur cinq.

Les pensées de M. Banner étaient sceptiques tandis qu'il se tournait vers elle.

_ Tu as déjà travaillé là-dessus ?

Je la fixai, absorbé, alors qu'elle souriait, l'air légèrement embarrassé.

_ Pas avec des racines d'oignons.
_ De la blastula de féra ? s'enquit M. Banner.
_ Oui.

Cela le surprit. L'étude d'aujourd'hui était quelque chose qu'il imaginait d'un niveau plus élevé. Il hocha pensivement la tête.

_ Tu suivais un programme pour élèves avancés, à Phoenix ?
_ Oui.

Elle avait de l'avance donc, et était intelligente pour une humaine. Cela ne me surprit pas.

_ Eh bien, dit M. Banner en plissant les lèvres. Il n'est sans doute pas mauvais que vous deux soyez partenaires de labo. Ainsi les autres gosses peuvent avoir une chance d'apprendre quelque chose par eux-mêmes, marmonna-t-il dans sa barbe en s'éloignant.

Je doutai que la fille ait pu entendre cette dernière phrase. Elle avait recommencer à gribouiller des noeuds sur son cahier.
Déjà deux erreurs en une seule demi-heure. Une très piètre démonstration de ma part. Bien que je n'eus aucune idée de ce que la fille pensait de moi - combien était-elle effrayée ? à quel point me suspectait-elle ? - je savais qu'il m'était nécessaire de redoubler d'efforts pour la quitter avec une meilleure opinion de moi. Quelque chose qui noierait mieux dans sa mémoire le souvenir de notre féroce dernière rencontre.

_ Dommage, pour la neige, hein ? dis-je, répétant le petit propos dont j'avais déjà entendu une douzaine d'élèves parler.

Un ennuyeux, banal sujet de conversation. Le temps - toujours intact.
Elle me regarda, une méfiance évidente dans les yeux - une réaction anormale à mes mots tout à fait normaux.

_ Pas vraiment, dit-elle, me surprenant à nouveau.

J'essayais d'orienter la conversation sur des sujets banals. Elle venait d'un endroit chaud, empli de couleurs - sa peau semblait refléter ça, d'une certaine façon, malgré sa blancheur - et le frois devait lui être inconfortable. Ce contact glacé avec moi avait dû...

_ Tu n'aimes pas le froid, devinai-je.
_ Ni l'humidité, approuva-t-elle.
_ Tu dois difficilement supporter Forks.

"Peut-être n'aurais-tu pas dû venir ici", voulus-je ajouter. "Peut-être devrais-tu repartir là d'où tu viens."
Je n'étais pas sûr de vouloir cela, toutefois. Je me souviendrai toujours de l'odeur de son sang - n'y avait-il aucune garantie que je ne voulusse pas la suivre n'importe où ? D'ailleurs, si elle partait, son esprit resterait à tout jamais un mystère. Un puzzle permanent et tenace.

_ Tu n'imagines même pas à quel point, dit-elle d'une voix douce, lançant pendant un moment un regard noir derrière moi.

Ses réponses n'étaient jamais celles auxquelles je m'attendais. Elles me faisaient vouloir poser encore plus de questions.

_ Pourquoi es-tu venue t'installer ici, alors ? demandai-je, réalisant dans l'instant que mon ton était trop accusateur, pas assez décontracté pour ce genre de conversation.

La question sonna impolie, impudique.

_ C'est... compliqué.

Elle cligna de ses grands yeux et j'explosai presque de curiosité - la curiosité me brûlait aussi chaudement que la soif dans ma gorge. En fait, je trouvai que c'était légèrement plus facile de respirer. L'agonie devenait plus supportable avec la familiarité.

_ Je devrais réussir à comprendre, insistai-je.

Peut-être que le simple courtoisie la ferait répondre à mes questions aussi longtemps que je serai assez impoli pour les poser.
En silence, elle baissa les yeux sur ses mains. Cela me rendit impatient. Je voulais mettre ma main sous son menton et lui faire lever la tête de telle façon que je pourrais lire dans ses yeux. Mais ce serait stupide - dangereux - de ma part de toucher à nouveau sa peau.
Elle releva brusquement les yeux. C'était un soulagement que de pouvoir à nouveau lire ses émotions en eux. Elle parla d'une voix rapide, empressée.

_ Ma mère s'est remariée.

Ah, c'était assez humain, facile à comprendre. La tristesse passa dans ses yeux purs et ramena la petite ride entre eux.

_ Ca ne me paraît pas très compliqué, dis-je.

Ma voix fut douce sans pourtant m'appliquer à la rendre ainsi. Sa tristesse me faisait me sentir étrangement impuissant, souhaiter qu'il y eut quelque chose que je pus faire pour la faire se sentir mieux. Etrange impulsion.

_ Quand est-ce arrive ?
_ En septembre.

Elle expira profondément - pas vraiment un soupir. Je repris ma respiration alors que son souffle chaud balayait mon visage.

_ Et tu ne l'apprécies pas, devinai-je, partant à la pêche aux informations.
_ Si, Phil est chouette, dit-elle, corrigeant ma supposition, une ombre de sourire relevant à présent les coins de ses lèvres pleines. Trop jeune, peut-être, mais sympa.

Cela ne collait pas avec le scénario que j'avais construit dans ma tête.

_ Pourquoi n'es-tu pas restée avec eux, s'il est aussi agréable ? demandai-je d'une voix un petit peu trop curieuse.

Elle résonna comme si j'étais un fouineur. Ce que j'étais, il fallait en convenir.

_ Phil voyage beaucoup. Il est joueur de base-ball professionnel.

Son sourire s'élargit. Ce choix de carrière l'amusait.
Je souriais également, sans me prononcer. Je n'avais pas essayé de la faire se sentir à l'aise. Son sourire me faisait juste vouloir sourire en retour - être dans le secret.

_ Célèbre ?

Je parcourus dans ma tête les listes de joueurs professionnels de base-ball, me demandant quel Phil était son...

_ Non. Il n'est pas très bon, répondit-elle avec un autre sourire. Juste des championnats de second ordre. Il se déplace pas mal.

Dans ma tête, les listes changèrent instantanément et j'établis une liste de possibilités en moins d'une seconde. En même temps, j'imaginai un nouveau scénario.

_ Et ta mère t'a expédiée ici afin de l'accompagner librement, dis-je.

Faire des suppositions semblait la pousser à me donner plus de réponses que les questions ne le faisaient. Cela réussit une fois de plus. Son menton s'avança et son expression se fit soudain rebelle.

_ Non, elle n'y est pour rien, dit-elle et sa voix se fit tranchante.

Ma supposition l'avait bouleversée, bien que je ne pus pas vraiment voir de quelle façon.

_ C'est moi qui l'ai voulu.

Je ne pouvais pas deviner ce qu'elle voulait dire, ni la source de son dépit. J'étais complètement perdu.
J'abandonnai. Il n'y avait juste rien à comprendre chez cette fille. Elle n'était pas comme les autres humains. Peut-être que le silence de ses pensées et le parfum de son odeur n'étaient pas les seules choses inhabituelles chez elle.

_ Je ne saisis pas, avouai-je, détestant l'admettre.

Elle soupira et soutint mon regard plus longtemps qu'un humain n'en était capable.

_ Au début, elle est restée avec moi, expliqua-t-elle lentement, son ton devenant plus malheureux à chaque mot. Elle était malheureuse... Bref, j'ai décidé qu'il était temps que je connaisse un peu mieux Charlie.

La toute petite ride entre ses yeux se creusa.

_ Et maintenant, c'est toi qui n'es pas heureuse, murmurai-je.

Je ne pouvais m'empêcher de dire mes hypothèses à voix haute, espérant en apprendre plus de ses réactions. Celle-ci, néanmoins, ne sembla pas loin de la réalité.

_ Et ? (traduit par "La belle affaire !" dans Fascination) dit-elle, comme si ce n'était pas un aspect à prendre en considération.

Je continuai de la regarder dans les yeux, sentant que j'avais enfin eu un réel aperçu de son âme. Je voyais dans ce seul mot où elle se plaçait elle-même dans ses propres priorités. Contrairement à la plupart des humains, ses propres besoins venaient loin vers le bas de la liste.
Elle était désintéressée.
Comme je voyais cela, le mystère de sa personne caché à l'intérieur de son esprit silencieux commença à se dévoiler un petit peu.

_ Ce n'est pas très juste, dis-je.

Je haussai les épaules, essayant de paraître décontracté, de dissimuler l'intensité de ma curiosité.
Elle rit, mais sans le moindre amusement.

_ On ne te l'a donc jamais dit ? La vie est injuste.

Je voulus rire à ces mots, bien que je ne ressentis moi non plus aucun réel amusement. Je savais quelques petites choses sur l'injustice de la vie.

_ J'ai en effet l'impression d'avoir déjà entendu ça quelque part.

Elle me fixa et sembla à nouveau troublée. Ses yeux clignèrent sur autre chose puis revinrent sur moi.

_ Inutile de se lamenter, par conséquent, me dit-elle.

Mais je n'étais pas prêt à laisser cette conversation prendre fin. Le petit V entre ses yeux, vestige de son chagrin, me tracassait. Je voulais le lisser du bout de mes doigts. Mais, bien sûr, je ne pouvais pas la toucher. C'était malsain de bien des façons.

_ Tu donnes bien le change, constatai-je lentement, encore en train d'examiner cette nouvelle hypothèse, mais je parie que tu souffres plus que tu ne le laisses voir.

Elle grimaça, ses yeux se plissant et sa bouche se tordant en une moue bancale, et fixa le devant de la classe. Elle n'aimait pas ça lorsque je devinai juste. Elle n'était pas le martyr moyen - elle ne voulait pas d'un auditoire pour sa douleur.

_ Je me trompe ?

Elle tressaillit légèrement mais prétendit ne pas m'entendre. Cela me fit sourire.

_ J'en étais sûr !
_ Et en quoi ça te concerne, hein ? demanda-t-elle en continuant de regarder au loin.
_ Bonne question, admis-je, plus pour moi-même que pour lui répondre.

Sa perception était meilleure que la mienne - elle voyait directement l'essentiel des choses pendant que je me débattais dans les profondeurs, passant aveuglément au crible tous les indices. Les détails de vie totalement humaine ne devraient pas me concerner. Je n'aurais pas dû m'occuper de ce qu'elle pensait. Si ce n'était pas pour protéger ma famille des soupçons, les pensées des humains étaient insignifiantes.
Je n'étais pas habitué à être le moins intuitif dans une discussion. Je m'appuyais trop sur mon ouïe hyper sensible - je n'étais visiblement pas aussi perspicace que je le croyais.
La fille soupira et lança des regards noirs à l'avant de la classe. Quelque chose, dans son expression frustrée, était comique. La situation dans son ensemble, la conversation toute entière étaient comiques. Personne n'avait jamais été en aussi grand danger à cause de moi que cette petite fille - je pouvais à tout moment, distrait de ma ridicule absorption par la conversation, inhaler par le nez et l'attaquer avant d'avoir pu m'arrêter - et elle était irritée parce que je n'avais pas répondu à sa question.

_ Je t'agace ? demandai-je, souriant devant l'absurdité de tout ça.

Elle me regarda rapidement, et ses yeux semblèrent piégés par mon regard.

_ Pas vraiment, me dit-elle. Je m'agace moi-même, plutôt. Je suis tellement transparente. Ma mère m'appelle son livre ouvert.

Elle fronça les sourcils, se renfrogna.
Je la regardai, stupéfait. La raison de son bouleversement était qu'elle pensait que je lisais trop facilement en elle. C'était bizarre. Je n'avais jamais dépensé autant d'énergie pour comprendre quelqu'un dans tout ma vie - ou plutôt, mon existence, vu que vie pouvait difficilement être le bon mot. Je n'avais pas vraiment de vie.

_ Je ne suis pas d'accord, contrai-je, me sentant étrangement... méfiant, comme s'il y avait quelques dangers cachés dans ce que j'échouais à voir.

Je fus soudain énervé, ce pressentiment me rendant anxieux.

_ Je te trouve au contraire difficile à déchiffrer.
_ C'est que tu es bon lecteur, devina-t-elle, faisant sa propre supposition qui atteignit une fois de plus sa cible.
_ En général, oui, accordai-je.

Alors, je souris largement, laissant mes lèvres reculer pour exposer mes dents luisantes, tranchantes comme des rasoirs.
C'était une chose stupide à faire, mais j'étais brusquement, étonnament, désespéré de ne pouvoir l'avertir de quelque façon que ce fût. Son corps était plus près du mien qu'avant, s'étant déplacé inconsciemment durant notre conversation. Tous les petits signes et marques qui étaient suffisants pour effrayer le reste de l'humanité ne semblaient pas fonctionner sur elle. Pourquoi ne reculait-elle pas loin de moi, terrifiée ? Sûrement parce qu'elle en avait vu suffisamment de mon côté sombre pour réaliser le danger, intuitive comme elle paraissait l'être.
Je ne vis pas si mon avertissement avait eu l'effet escompté. M. Banner demanda l'attention de la classe à ce moment-là et elle se détourna de moi une nouvelle fois. Elle semblait un petit peu soulagée par cette interruption, elle comprenait donc peut-être inconsciemment.
J'espérai que ce fut le cas.
Je reconnaissais la fascination grandissant en moi, alors même que je tentai de l'en déloger. Je ne pouvais pas me permettre de trouver Bella Swan intéressante. Ou plutôt, elle ne pouvait pas permettre ça. J'étais déjà très désireux d'une autre chance de parler avec elle. Je voulais en savoir plus sur sa mère, sur sa vie avant qu'elle ne vînt ici, sur sa relation avec son père. Tous les détails futiles qui étofferaient plus encore son personnage. Mais chaque seconde que je passais avec elle était une erreur, un risque qu'elle ne devrait pas prendre.
Elle secoua distraitement son épaisse chevelure juste au moment où je me permis de prendre une autre inspiration. Une vague particulièrement concentrée de son odeur me frappa droit dans la gorge.
C'était comme le premier jour - comme une balle dévastatrice. La douleur de la sècheresse incendiaire me donna le vertige. Je dus à nouveau empoigner la table pour rester sur mon tabouret. Cette fois, j'avais légèrement plus de contrôle. Je ne cassais rien, au moins. Le monstre grandissait en moi mais ne prit aucun plaisir de ma souffrance. Il était lui aussi fermement retenu. Pour le moment.
Je cessai complètement de respirer et m'éloignai de la fille aussi loin que je le pouvais.
Non, je ne pouvais pas me permettre de la trouver fascinante. Le plus intéressant que je lui trouvais, le plus probable, c'était que je voulais la tuer. J'avais déjà fait deux erreurs mineures aujourd'hui. Voulais-je en faire une troisième, qui ne serait pas mineure ?
Dès que la sonnerie retentit, je fuis hors de la salle de cours - détruisant probablement l'impression de politesse que j'avais à moitié réussi à construire pendant l'heure. De nouveau, j'haletai dans l'air pur, humide, de dehors comme si ça m'était curatif. Je me dépêchai de mettre autant de distance que possible entre la fille et moi.
Emmett m'attendait devant la porte de notre salle d'espagnol. Il observa mon expression sauvage pendant un moment.

"Comment ça a été ?" demanda-t-il prudemment.

_ Personne n'est mort, marmonnai-je.

"Je vois bien qu'il y a quelque chose. Quand j'ai vu Alice baisser les bras, à la fin, j'ai pensé..."

Alors que nous marchions, je vis sa mémoire remonter à seulement quelques instants plus tôt, vis à travers la porte ouverte de sa salle précédente : Alice marchant brutalement, son visage pâle fixant le sol, vers le bâtiment des sciences. Je sentis le désir mémorisé d'Emmett de se lever et de la rejoindre, puis sa décision de rester. Si Alice avait eu besoin de son aide, elle l'aurait demandé...
Je fermai les yeux d'horreur et de dégoût en m'affalant sur ma chaise.

_ Je n'avais pas réalisé que c'était aussi proche. Je ne pensais pas que j'allais... Je n'ai pas vu que c'était aussi mauvais, murmurai-je.

"Ca ne l'était pas", me rassura-t-il. "Personne n'est mort, hein ?"

_ Exact, sifflai-je, les dents serrées. Pas cette fois.

"Peut-être que ce sera plus facile."

_ Bien sûr...

"Ou peut-être que tu la tueras", pensa-t-il en haussant les épaules. "Tu ne seras pas le premier à perdre les pédales. Personne ne te jugera trop durement. Parfois, un humain sent juste trop bon. Je suis impressionné que tu aies tenu si longtemps."

_ Ca ne m'aide pas, Emmett.

J'étais révolté par son acceptation de l'idée que je pouvais tuer cette fille, que cette voie était, d'une façon ou d'une autre, inévitable.

"Je sais quand ça m'est arrivé...", se souvînt-il, m'entraînant avec lui un demi siècle plus tôt, sur un chemin de campagne au crépuscule où une femme d'âge mûr prenait ses draps secs sur un fil tendu entre deux pommiers. L'odeur des pommes était péniblement suspendue dans l'air - la récolte était finie et les fruits abandonnés étaient éparpillés sur le sol, les ecchymoses sur leur peau filtraient leur flagrance en épais nuages. Un tas de foin fraîchement tondu était le fond de cette odeur, une harmonie. Il remontait le chemin, presque inconscient de la présence de la femme, pour faire une course pour Rosalie. Le ciel était pourpre au-dessus de sa tête, orange au-dessus des arbres à l'ouest. Il aurait dû poursuivre le chemin à chariots serpentant et n'aurait eu aucune raison de se souvenir de ce soir-là, sauf qu'une soudain brise nocturne gonfla les draps blancs comme une voilure et souffla l'odeur de la femme au visage d'Emmett.

_ Ah, gémis-je doucement.

Comme si le souvenir de ma propre soif n'était pas suffisant.

"Je sais. Je n'ai pas tenu une demie seconde. Je n'ai jamais pensé à résister."

Son souvenir devint trop explicite pour que je pus le supporter.
Je sautai sur mes pieds, mes dents assez serrées pour couper de l'acier.

_ Esta bien, Edward ? (Est-ce que ça va, Edward ?) demanda Senora Goff, surprise par mon brusque mouvement.

Je pus voir mon visage dans son esprit et je savais que je n'avais pas l'air d'aller bien.

_ Me perdona (Excusez-moi), marmonnai-je en filant vers la porte.
_ Emmett, por favor, puedas tu ayuda a tu hermano ? (Emmett, s'il te plaît, peux-tu aider ton frère ?) demanda-t-elle en me désignant sans pouvoir intervenir tandis que je me ruai hors de la salle.
_ Bien sûr, l'entendis-je dire et il fut juste derrière moi.

Je poussai sa main loin de moi avec une force inutile. Cela aurait brisé les os d'une main humaine, et ceux du bras qui y était attaché.

_ Désolé, Edward.
_ Je sais.

J'haletai profondément, essayant de vider ma tête et mes poumons.

_ C'est aussi grave que ça ? demanda Emmett en tentant de ne penser ni à l'odeur ni au goût de son souvenir, sans vraiment y parvenir.
_ Pire, Emmett, pire.

Il resta silencieux un moment.

"Peut-être..."

_ Non, ça n'irait pas mieux si j'en finissais avec ça. Retourne en cours, Emmett. Je veux être seul.

Il fit demi-tour sans aucun autre mot ni aucune autre pensée et s'éloigna à pas rapides. Il dirait au professeur d'espagnol que j'étais malade, ou que je séchais, ou que j'étais un dangereux vampire hors de contrôle. Son excuse était-elle réellement meilleure ? Peut-être que je ne reviendrai pas. Peut-être devrais-je partir.
J'allai une nouvelle fois à ma voiture pour attendre la fin des cours. Pour me cacher. Encore.
J'aurais dû utiliser ce temps pour me décider, ou essayer de soutenir ma résolution, au lieu de ça, comme un drogué, je me retrouvais à fouiller dans le babillement de pensées émanant des bâtiments du lycée. Les voix familières sortaient de l'ordinaire mais, à cet instant, je n'étais pas intéressé par l'écoute des visions d'Alice ou les plaintes de Rosalie. Je trouvai facilement Jessica, mais la fille n'était pas avec elle, je continuai donc à chercher. Les pensées de Mike Newton attirèrent mon attention et je la localisai enfin, en gym, avec lui. Il n'était pas content, parce que j'avais parlé avec elle aujourd'hui, en biologie. Il était dépassé par la réponse qu'elle lui avait donnée lorsqu'il avait mis le sujet sur la table...

"En fait, je ne l'ai jamais vu dire à personne plus d'un mot par-ci par-là. Bien sûr, il aura décidé de trouver Bella intéressante. Je n'aime pas la façon dont il la regarde. Mais elle ne semblait pas trop excitée à son sujet. Qu'est-ce qu'elle a dit déjà ? "Je ne sais pas ce qui lui a pris la semaine dernière." Quelque chose comme ça. Ca ne sonnait pas comme si elle y prêtait attention. Ca ne pouvait pas être plus qu'une simple conversation..."

Il prolongea son monologue pessimiste dans ce sens, soutenu par l'idée que Bella n'avait pas été intéressée par son échange avec moi. Cela me dérangeait vraiment un peu plus que ce qui aurait été acceptable, j'arrêtai donc de l'écouter.
Je mis un CD de musique violente dans le lecteur puis montai le volume jusqu'à ce qu'il couvrit les autres voix. Je dus me concentrer très attentivement sur la musique pour m'empêcher de dériver à nouveau jusqu'aux pensées de Mike Newton, d'espionner cette fille naive...
Je trichais quelques fois, alors que l'heure touchait à sa fin. J'essayais de me convaincre que ce n'était pas pour l'espionner. Je me préparais seulement. Je voulais savoir avec exactitude quand elle quitterait son cours de gym, quand elle serait dans le parking. Je ne voulais pas qu'elle me prit par surprise.
Alors que les élèves commençaient à sortir en file indienne par les portes du gymnase, je sortis de ma voiture, pas sûr de ce qui me faisait faire ça. La pluie était fine - je l'ignorai tandis qu'elle trempait lentement mes cheveux.
Voulais-je qu'elle me visse ici ? Espérai-je qu'elle viendrait me parler ? Qu'étais-je en train de faire ?
Je ne bougeai pas, alors que j'essayais de me convaincre de retourner dans la voiture, sachant que mon comportement était répréhensible. Je gardais mes bras croisés sur ma poitrine et respirais très superficiellement en la regardant marcher lentement vers moi, les coins de ses lèvres baissés. Elle ne me regardait pas. Elle lança plusieurs fois des coups d'oeil aux nuages, comme s'ils l'offensaient.
Je fus déçu quand elle atteignit sa voiture avant d'avoir dû passer devant moi. Devrait-elle me parler ? Devrais-je lui parler ?
Elle entra dans une camionnette, une Chevrolet, délavée, une carcasse rouillée qui était aussi vieille que son père. Je la regardai la démarrer - l'engin rugit plus bruyamment qu'aucun autre véhicule du parking - puis tendre les mains vers le chauffage. Le froid lui était inconfortable - elle ne l'aimait pas. Elle passa ses doigts dans son épaisse chevelure, les faisant passer devant le jet d'air chaud, comme pour les sécher. J'imaginai ce que la cabine de cette camionnette pouvait sentir puis chassai rapidement cette pensée.
Elle regarda autour d'elle en se préparant à reculer, puis regarda enfin dans ma direction. Elle me fixa pendant seulement une demie seconde et je pus lire la surprise dans ses yeux avant qu'elle ne les détachât des miens et poussât la camionnette en arrière. Et puis elle poussa un cri aigu en s'arrêtant de nouveau, l'arrière du véhicule manquant de quelques pouces une collision avec celui d'Erin Teague.
Elle regarda dans son rétroviseur, la bouche encore ouverte d'humiliation. Quand l'autre voiture s'éloigna d'elle, elle vérifia deux fois tous les angles morts et quitta sa place de parking avec tant de précautions que cela me fit sourire. C'était comme si elle pensait qu'elle était dangereuse avec sa camionnette décrépie.
La pensée que Bella Swan put être dangereuse pour quelqu'un, peu importe si elle conduisait, me fit rire tandis qu'elle passait devant moi, regardant droit devant elle.


# Posté le dimanche 08 février 2009 12:48

Modifié le lundi 09 février 2009 13:20